Ce 24 juin 2026, Gérard Presgurvic fête ses 73 ans. Auteur, compositeur, interprète et créateur de comédies musicales à succès, il a traversé plusieurs décennies de musique française. Le grand public se souvient de lui comme chanteur grâce au titre Détective au début des années 1980, mais aussi comme auteur du tube Chacun fait (c’qui lui plaît) du groupe Chagrin d’amour.

Sa carrière a cependant pris une autre dimension grâce à sa rencontre avec Patrick Bruel, dont il a écrit ou coécrit plusieurs chansons devenues cultes.

Marre de cette nana-là, Comment ça va pour vous ?, Casser la voix ou encore Qui a le droit… ont accompagné l’ascension fulgurante du chanteur. Une collaboration artistique qui s’est transformée en véritable phénomène populaire et qui a généré plusieurs millions de ventes.

La rencontre à New York qui a changé leurs carrières

L’histoire entre Gérard Presgurvic et Patrick Bruel commence bien avant la célébrité. Les deux hommes se rencontrent à New York, par l’intermédiaire d’amis communs. À l’époque, ni l’un ni l’autre n’a encore connu le succès qui les attend.

Cette amitié devient rapidement le socle de leur future collaboration. En 1994, invités ensemble dans l’émission Taratata de Nagui, ils reviennent sur cette relation particulière qui dure depuis des années.

« En fait, on est avant tout amis », explique alors Gérard Presgurvic. « Ça veut dire qu’on se voit régulièrement, toujours. Donc on travaille sans le faire. On se rend compte qu’on a la même préoccupation. Et au moment de travailler, on se rend compte qu’on a envie de parler des mêmes sujets. Et puis après on s’engueule, c’est de l’amour. »

Cette proximité explique sans doute pourquoi leurs chansons semblent souvent parler directement au public. Presgurvic connaît parfaitement l’univers de Bruel et sait instinctivement ce qui peut lui correspondre.

« Ce dont on se rend compte souvent, c’est qu’on peut avoir des textes mieux écrits par d’autres. Mais nous, ça fait tellement longtemps qu’on se connaît. Et on sait tellement ce qui va lui plaire », résume-t-il.

Les chansons qui ont construit la Bruelmania

Lorsque Marre de cette nana-là ! sort en 1984, Patrick Bruel passe quasiment du statut d’inconnu à celui de révélation. Le titre devient un énorme succès populaire. L’année suivante, Comment ça va pour vous ? confirme l’engouement.

Mais c’est surtout avec l’album Alors regarde, paru en 1989, que leur tandem entre dans une autre dimension. On y retrouve notamment Casser la voix, l’un des hymnes les plus célèbres du chanteur.

Deux ans plus tard, Qui a le droit…, porté par l’album live Si ce soir…, devient un phénomène national. La chanson s’impose comme le seul numéro un de Patrick Bruel au Top 50 et reste aujourd’hui encore l’un de ses titres les plus emblématiques.

Les chiffres donnent le vertige. L’album Alors regarde s’est écoulé à plus de deux millions d’exemplaires. Les différents albums de la période de la Bruelmania ont généré plusieurs millions de ventes supplémentaires. Les spécialistes estiment que les chansons signées ou co-signées par Gérard Presgurvic ont contribué directement à 3 à 5 millions de ventes d’albums et de singles.

À cela s’ajoutent les droits d’auteur issus des diffusions radio, des concerts, des compilations et des rééditions. Sans connaître les montants exacts perçus par le compositeur, il est évident que cette collaboration a représenté une source de revenus considérable pendant plusieurs décennies.

« Il a une exigence » : une amitié faite de désaccords et de confiance

Malgré les succès, leur relation n’a jamais été un long fleuve tranquille. Les deux hommes reconnaissent volontiers leurs désaccords artistiques.

Dans Taratata, Gérard Presgurvic plaisante lorsqu’on lui demande les défauts de son ami. « Les défauts sont des qualités. Il a une exigence, c’est une qualité. Son défaut, c’est d’être un chieur. Ça dépend. »

Patrick Bruel ne conteste pas vraiment le diagnostic. Il explique même que leur collaboration est parfois compliquée à cause de leurs caractères similaires.

« Moi je fais les musiques, donc c’est difficile pour Gérard d’écrire. J’arrive avec une idée. Ça a été difficile ce disque parce que je suis arrivé avec des musiques, des idées de texte, et je n’ai pas laissé beaucoup de place », reconnaît-il. Le chanteur souligne aussi l’importance de Presgurvic dans son évolution artistique. « Il m’a aidé aussi à écrire des chansons qu’il n’a pas écrites. »

Bruel pointe toutefois un défaut chez son complice : « Il est très têtu. Quand il a une idée… Et je suis très têtu aussi. Donc comme c’est mon disque, c’est mon instinct qui va trancher, et quand c’est son disque, c’est son instinct. »

Cette relation de confiance apparaît également lors de leur interprétation d’Avant d’être adulte dans Taratata en 1994. Gérard Presgurvic explique alors que la chanson n’a que deux mois. Patrick Bruel raconte : « On ne l’avait jamais chantée. Gérard l’a chantée parce qu’il prépare une tournée. Il est venu à la maison la chanter. Je lui ai dit : “Ça, c’est magnifique, il faut que ce soit dedans.” »

Et d’ajouter avec émotion : « Il a rencontré les gens avec cette chanson, et moi le premier. La chanter est un privilège. » Depuis ces années-là, Gérard Presgurvic a multiplié les succès. Il a écrit pour Elsa, Florent Pagny, Henri Salvador, Liane Foly, Mireille Mathieu ou encore Victoria Petrosillo. Il a composé pour le cinéma, la télévision et surtout créé en 2001 la comédie musicale Roméo et Juliette, de la haine à l’amour, qui a attiré plus d’un million de spectateurs.

Mais pour beaucoup d’amateurs de chanson française, son nom restera à jamais associé à celui de Patrick Bruel. Une rencontre née à New York qui a donné naissance à quelques-uns des plus grands tubes des années 1980 et 1990.

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