En cette journée inaugurale de la semaine de la mode masculine parisienne printemps-été 2027, les étudiants de l’Institut Français de la mode et le créateur Pierre-François Valette ont dû braver la canicule pour convaincre leurs spectateurs respectifs.

IFM s’illustre grâce à ses élèves

Comme chaque saison, c’est l’Institut français de la mode et ses étudiants qui ont ouvert le bal. Ce mardi 23 juin, sur les coups de 15 heures, ce sont des bancs plein à craquer d’observateurs qui ont découvert les collections de fin d’année des 27 aspirants. Se sont enchainés les travaux de Noémie Landragin (Boredom Wishes), marqués par un manteau couleur taupe, ouvert sur le dos et enroulé autour des jambes, puis ceux de Alisa Danish (Shape follows movement), avec des casquettes d’inspiration outdoor, des voiles légers et synthétiques et des leggings troués couleurs pastels, et de Samuel Ferrand (Quisqueya), avec des shorts en madras bleu ou rose, une veste d’arlequin en lambeaux et un pull en maille topographique.

Tenue créée par Yongqi LiaoTenue créée par Yongqi Liao – Institut Français de la Mode

Viennent ensuite Elona Clement (The Softening of Authority) et ses sacs cadenas géants, ses vestes de costumes et tops de laine aux épaulettes comme des excroissances (un thème qui revient souvent lors du défilé), et sa robe géométrique aux extrémités carrées. Le travail de Yaouen Chausseblanche (Arouezioù) s’illustre ensuite grâce à des vestes et robes en maille et tissus brodés, une cape de centurion de même nature et une robe sur laquelle s’amoncelle des sortes de toques bretonnes et des froufrous blanc cassé.

Arthur Vieillard, avec “Super fragilis homo”, enchaîne les looks évoquant des servants écarlates à l’aide de combinaisons en synthétique collé sur le corps et sur la tête, placé au dessus même d’une casquette, tantôt rouge sur une tenue monochrome, tantôt bleu électrique sur un ensemble jogging et top en filet de la même couleur. Viola Neuls Humphreys (Imposed geometry), elle, propose des robes en tweed coupés comme des tailleurs sans manches, avec épaules et dos exacerbés, ainsi qu’une cape de maille aux élastiques longeant les bras et attachés aux doigts, tels des tendons. 

Tenue créée par Viola Neuls HumphreysTenue créée par Viola Neuls Humphreys – Institut Français de la Mode

Corentin Glorian (Sleep Chic) fait sourire avec ses oreillers de soie, ses pantalons bouffants et sa robe édredon, tandis que Elizaveta Pashina (Where the body ends) présente des robes et pantalons plissés aux côtés d’un costume aux avant-bras sculptés. Entre gants, chaussettes lâches, bottes et vestes étriquées, les tenues masculines d’inspiration militaire de Yongqi Liao et de sa collection “Fissure, 27.956°N, 115.156°” sont recouvertes d’imprimés texturés. La culotte croissant et le détournement de nappes et de tabliers de Saulé Milonaité (Bread-à-porter) contrastent avec les pièces étranges d’Ella Maillard de Thuin (Corpus coercitum), d’un sac à dos veineux à un manteau jaune rond sans manches et à capuche, qui enferme les bras comme une camisole, le tout complété par des masques de pansements platreux.

Jessica Lin (Journal de Si-lai) redonne de la superbe à la volumineuse coupe de Margaret Thatcher, en blond ou en châtain, prtant une salopette rose aux jambes trois-quart ou étant couverte par un foulard soyeux rose auquel répondent des gants de ménage de la même matière et un bleu de travail oversize cyan noué sur la poitrine et couvert de peinture. L’aspirante propose dans un même temps des tenues taillées dans des tissus aux motifs bleus, verts ou blancs, dont certains pans sont coupés en fines franges. 

Tenue créée par Yaouen ChausseblancheTenue créée par Yaouen Chausseblanche – Institut Français de la Mode

Vingt-troisième étudiante à passer, Lauriane Lothin présente sa collection “Black-ish”, incarnée dans des superpositions de chemises, de ceintures, de motifs mais aussi de textures, avec un top sans manches rayures horizontales jaunes et rouges et au large col croisé couleur crème, un pantalon large et fluide bleu clair et une chemise à carreaux et rayures roses, blancs et violets aux pièces de tissu empilées. Yiyi Zhu (Fake yet Flawless), joue également sur le layering en posant une sur-jupe en toile cirée bleu canard et rose truite sur une jupe crayon rose truite semi transparente, et innove avec des képis roses en plastique imprimés en 3D. Adony Bigueur (Entre-deux) clos le show avec une série de silhouettes masquées et habillées d’une lourde veste de pirate comme infestée de coraux, un ciré lâche au rose fatigué et un couvre-chef incliné comme le portait Gavroche, ou un non-corset rose et blanc surmontant une jupe de tiges beiges.

Valette Studio présente « Dandys Dada »

De son côté  Valette Studio a investi la cour carrée de l’Hôtel de Jaucourt, dans le troisième arrondissement de Paris et ses modèles ont affronté l’écrasante chaleur. Dans ce décor minéral à ciel ouvert, les mannequins évoluaient autour des invités, dessinant une forme d’encerclement qui permettait d’observer chaque silhouette sous tous les angles.

Certaines tenues sont couvertes de motifs comme la peau de zèbreCertaines tenues sont couvertes de motifs comme la peau de zèbre – Valette Studio

Pour sa collection printemps-été 2027, Pierre-François Valette, fondateur et directeur artistique,  poursuit son exploration du vestiaire tailoring, terrain d’expression privilégié de la maison. Déclinée en 24 silhouettes, la collection s’articule autour d’une palette dominée par le noir, le blanc, le blanc cassé et le beige, couleurs qui soulignent la rigueur de la construction. Cette apparente sobriété est cependant perturbée par des touches de violet intense et d’ocre terreux, ainsi que par deux imprimés exclusifs, un motif zèbre et un dessin de taches qui viennent rompre l’équilibre du vestiaire.

La base tailleur se distingue une nouvelle fois, cette saison, par un travail approfondi sur les détails de construction. Les plastrons en crin participent à la structure des vêtements, tandis que les épaules, parfois recouvertes de cuir, accentuent l’architecture des silhouettes. Vestes entoilées, éléments démontés puis réassemblés et systèmes permettant différentes manières de porter les pièces témoignent d’une recherche technique poussée autour de la modularité du vêtement.

Le créateur affirme être largement inspiré du constructivisme et du dadaïsmeLe créateur affirme être largement inspiré du constructivisme et du dadaïsme – Valette Studio

À l’issue du défilé, Pierre-François Valette a expliqué avoir puisé son inspiration dans deux univers qui nourrissent son travail depuis longtemps, le constructivisme et le mouvement Dada.

« Le tailleur reste vraiment l’ADN de Valette Studio depuis le début. Cette saison, j’avais envie de travailler sur les lignes, sur une approche très constructiviste, tout en y introduisant l’esprit dada et sa forme de déconstruction. J’ai traduit cela dans le vêtement en apportant beaucoup de flou. Les idées se développent avec les savoir-faire. Nous avons donc accueilli de nouveaux profils capables de travailler le flou et cela nous a permis de réaliser des vestes coupées dans le biais pour obtenir ce rendu. C’est une idée que j’avais depuis longtemps. J’ai toujours considéré que lorsqu’on a une idée, il faut pouvoir la réaliser correctement. Si ce n’est pas possible, je préfère attendre. Cette saison, nous avons enfin réuni le savoir-faire nécessaire pour lui donner vie. » 

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