Posted On 25 juin 2026

Onze organisations économiques grenobloises – CCI, MEDEF Isère, Chambre des métiers et de l’artisanat, FNAIM, FPI Alpes et six autres – ont pris la plume pour écrire à Laurence Ruffin et à Guillaume Lissy. Leur demande : être consultées en amont des décisions, disposer de points de contact réguliers et exister dans le débat économique de leur propre ville. Une supplique d’existence, adressée par un monde économique qui a appris à ne rien espérer de ses élus.

LA SUPPLIQUE QUI EN DIT PLUS QU’UN RAPPORT

Cette lettre, sobre dans sa forme, est en réalité un document accablant. Elle consigne ce que douze ans de mandature Piolle ont rendu évident : le tissu économique grenoblois a été traité comme une nuisance à tolérer plutôt qu’une force à soutenir. On se souvient d’Éric Piolle déclarant face aux commerçants révoltés de l’avenue Jeanne d’Arc : « nous assumons le conflit ». Des concertations organisées pour la forme, des conclusions ignorées et des chantiers lancés sans compensation : voilà l’héritage que Ruffin a reçu et que rien, dans son équipe, ne remet en cause.

L’Essor Isère
LE COMMERCE EN CHUTE LIBRE : LES CHIFFRES DU DÉSASTRE

Les données de l’observatoire de la CCI, rapportées par l’Essor Isère, sont sans appel. Sur les douze mois glissants de mars 2025 à mars 2026, le chiffre d’affaires du commerce de détail sur la région grenobloise a reculé de 0,3 %, après une baisse de 0,4 % entre 2024 et 2025. Depuis le début de l’année 2026, les résultats sont en deçà de la moyenne nationale. Emmanuel Lenoir, nouveau président de la fédération des unions commerçantes de Grenoble, résume la situation d’une formule : les commerçants « sont dans la tempête ».

DE 6 % À 14 % : UN DOUBLEMENT QUI NE TROMPE PAS

Ce chiffre d’affaires en berne s’inscrit dans une dégradation structurelle au long cours. En 2014, à l’aube du premier mandat Piolle, le taux de vacance commerciale à Grenoble s’établissait à 6 %. Douze ans plus tard, ce taux atteint 14 %, avec des pics dépassant les 20 % dans des artères historiques comme le cours Berriat. Grenoble, qui figurait au milieu des années 2010 parmi les dix premiers centres-villes de France, a depuis longtemps quitté ce classement. Ce décrochage n’est pas national : il est grenoblois et surtout il est le fruit de politiques délibérées.

L’IMMOBILIER D’ENTREPRISE DANS L’ABÎME

Le commerce de détail n’est pas la seule victime. Le marché de l’immobilier d’entreprise grenoblois s’est effondré de 76 % en deux ans : avec seulement 25 millions d’euros de transactions en 2025, jamais le bassin n’avait touché un tel fond. Dès 2024, Grenoble était devenue la première ville de France hors Paris pour le taux de vacance des bureaux, à 8,9 %. Des immeubles flambant neufs, primés nationalement, restaient entièrement inoccupés. La fuite des capitaux a aussi été une corollaire importante de la gestion des Verts/LFI. 

Le Dauphiné Libéré
LE MATRAQUAGE FISCAL QUI A CHASSÉ LES INVESTISSEURS

Ce n’est pas le hasard qui explique ce désastre : c’est la politique fiscale. En 2023, Éric Piolle a imposé une hausse de 32 % de la taxe foncière pour boucler un budget à la dérive, portant le taux cumulé grenoblois à 67,93 % : le record des grandes villes, plus de dix points au-dessus de la deuxième. La Métropole augmentait parallèlement la cotisation foncière des entreprises de 11 %. Ce matraquage simultané a envoyé aux investisseurs un signal sans équivoque : Grenoble n’est pas un territoire favorable.

LA GUERRE AU STATIONNEMENT : LE COUP DE GRÂCE

À ce fardeau fiscal s’est ajoutée une politique d’accessibilité ouvertement hostile au commerce. Plus de 2 000 places de stationnement ont été supprimées en surface depuis 2014 ; les tarifs pratiqués sont désormais les plus élevés de France. Vincent Gollain, expert en développement économique convié par la CCI pour dresser des pistes de relance, a identifié comme une « erreur » à corriger le fait d’avoir « poussé en périphérie les acteurs économiques ou administratifs, source pourtant de clients potentiels ». C’est, à la lettre, la politique conduite pendant douze ans.

RUFFIN HÉRITE ET PERPÉTUE

On aurait pu espérer qu’une nouvelle mandature rompe avec ce cycle mortifère. Mais on prend les mêmes et on continue. Alan Confesson, qui exerçait jusqu’en mars la fonction d’adjoint au commerce et qui porte une responsabilité directe dans la décennie d’hécatombe commerciale, demeure un pilier de la majorité Ruffin, sans que la logique change d’un iota. Et face à 14 % de vacance commerciale, la seule réponse annoncée par la majorité Ruffin se résume à des rubans colorés dans une rue commerçante. On avance…

LA RÉUNION DE SEPTEMBRE NE SAUVERA RIEN

La CCI a prévu une réunion en septembre 2026, à l’issue de laquelle des « recommandations » pourraient être formulées. Mais pendant ce temps les causes structurelles du décrochage grenoblois – fiscalité écrasante, guerre au stationnement, insécurité et propreté qui tuent l’attractivité – ne figurent pas à l’agenda de la mairie. La formule de Lenoir résonne comme un diagnostic d’impuissance : « il va falloir qu’on s’en sorte, mais on ne sait pas dans quel sens aller ». On ne le saura pas davantage en septembre, tant que personne, boulevard Jean Pain, n’osera nommer les vrais maux. Et que les coupables ne seront pas clairement désignés.