Le choix n’est pas encore inscrit dans le marbre mais c’est tout comme. Après une procédure de mise en concurrence, le conseil régional a décidé de confier les manettes de l’aéroport de Rennes au groupement alliant Vinci, la CCI et la Sealar, comme l’a révélé Le Télégramme. Le pari de la continuité puisque les deux premiers pilotent déjà l’infrastructure, dont la Région est propriétaire, depuis 2010. Cette nouvelle concession doit durer vingt ans. Un vote des élus est prévu le 6 juillet.
Ce qui devait être une pure formalité vire à la polémique, ce vendredi, au conseil régional de Bretagne. À l’offensive : le groupe d’opposition de droite, mené par Isabelle Le Callennec. Laquelle, pour la forme, s’émeut que cette décision confidentielle ait fuité dans la presse avant le vote, poussant le Conseil régional à publier un communiqué de presse.
La droite pointe le « conflit d’intérêts » de Vinci
Mais c’est surtout sur le fond que l’élue s’interroge. « Le trafic de l’aéroport de Rennes est en recul constant ces dernières années », s’alarme-t-elle. « Quelles garanties ont été apportées par le lauréat pour vous rassurer sur le devenir de cet équipement dans les vingt ans qui viennent ? Pouvez-vous nous certifier qu’aucun argent public régional ne sera fléché dans les années qui viennent ? »
« RNS » – son immatriculation internationale – peine en effet à renouer avec la croissance depuis la crise du covid. La faute, en partie, à la concurrence féroce exercée par Nantes, située à seulement 1 h 15. Aéroport d’État, ce dernier bénéficie d’avantages fiscaux qui lui permettent d’attirer les compagnies low-cost. Résultat : 7,2 millions de voyageurs en 2025, dont beaucoup de Bretons. En comparaison, Rennes fait pâle figure avec ses 512 000 passagers.
Les gestionnaires sauront-ils atteindre le million, comme le leur demande le conseil régional ? La droite pointe en tout cas un « conflit d’intérêts » de Vinci, qui pilote à la fois Rennes et Nantes. Puisque l’entreprise peut gagner sur les deux tableaux, son incitation à relancer la plateforme de la capitale administrative ne serait pas assurée, estime Agnès Le Brun, élue sur les bancs de la droite régionale. Contacté par Le Télégramme, le lauréat du marché public n’a, pour l’heure, pas donné suite.
Une très hypothétique fusion avec Nantes
« Rennes est en train de rebondir et regagne des passagers », rétorque Michaël Quernez, vice-président aux mobilités. « Sans entrer dans le détail de l’offre, le plan du lauréat doit permettre de retrouver la croissance. » L’élu pointe les conséquences du retrait d’Air France ces dernières années. Et dénonce la « concurrence déloyale » que subit Rennes, du fait des différences de taxes avec Nantes, dont le niveau est décidé par l’État. « Entre les deux aéroports, il y a une différence de 10 € par billet du seul fait de la fiscalité, le problème est là. »
Aéroport de Rennes : pourquoi il ne décolle pas
De son côté, la Région Bretagne continue de militer pour une fusion des aéroports de Nantes et Rennes. Celui de Lorient, assure-t-elle, est également partant pour ce grand big-bang, qui regrouperait, au sein d’une même entité, ces trois sites situés dans un périmètre proche. Ainsi, Nantes, proche de la saturation, pourrait décharger un peu de son trafic sur ses voisines, sans avoir à engager de travaux. Une solution poussée depuis des années par le président Chesnais-Girard, pour l’instant restée lettre morte. « On en parle à tous les ministres des transports depuis cinq ans et à tous les directeurs de la Direction générale de l’aviation civile, cet État dans l’État. Ils n’ont pas entendu nos demandes. »