Tout, absolument tout, donne le Stade toulousain comme invincible, et logiquement sacré pour la quatrième fois consécutive, ce samedi au Stade de France en finale du Top 14 2026. Allumez quand même votre télé: ici, on veut croire que rien n’est écrit à l’avance. Et que Montpellier, fort de ses armes atomiques, a le profil de l’équipe qui pourrait tout renverser…

Soixante-dix, c’est beaucoup. C’est trop ? Peut-être, oui. Soixante-dix points, pour une demi-finale de Top 14, ça fait mauvais genre. Voilà cette idée qui revient que Toulouse, s’il a ponctuellement trouvé son maître en Champions Cup avec l’UBB, reste trois crans au-dessus de la concurrence en championnat. C’est bien, sans l’être. C’est tout le mérite d’un club, dont la profondeur presque infinie de l’effectif n’est due qu’à lui-même : sa formation, sa post-formation, l’aura qu’il diffuse sur les meilleurs jeunes de France qui souhaitent tous (ou presque) rejoindre son académie. Mais aussi la manière qu’il a de les accompagner vers le plus haut niveau, de les intégrer tôt pour les mouiller aux meilleures exigences, pour en faire les immenses joueurs que l’on sait. De les faire tôt jouer, aussi, avec la confiance qu’il convient et ces codes similaires et collectivement intégrés : combattre, bien sûr, mais aussi jouer, courir, oser. Et battre l’adversaire par la vitesse du ballon. « C’est un putain de jeu, ne l’oubliez pas » martèle souvent Ugo Mola à ses hommes. Jouer les a fait grandir.

Soixante-dix, c’est beaucoup et c’est peut-être trop, pour ce que cela suppose d’hégémonie et, donc, d’ennui à venir. Mais le rugby n’est pas qu’affaire d’arythmique. Sinon, il n’y aurait pas grand intérêt à allumer sa télé, samedi soir. Trop fort, trop rapide, trop habile, le Stade toulousain ne ferait qu’une bouchée de Montpellier, en finale, comme il l’aurait fait du Racing, de Pau ou de toute autre équipe qui se serait aventurée en pareil terrain. Ce sont les maths qui le disent. Tout n’est pas si simple.

Montpellier, bien mieux qu’un faire-valoir

Si les logiques des rapports de force étaient à chaque fois respectées, Clermont aurait déjà eu cinq titres le jour où il décrocha véritablement son premier, le XV de France aurait deux étoiles au maillot et Derek Bevan aurait une Flik Flak au poignet. Rien ne se passe comme prévu, ou pas toujours. C’est heureux : c’est ainsi qu’on reste désespérément accrochés à ce sport, son récit, son feuilleton. Et qu’on allume la télé, pour ne rien rater de l’exploit ou craindre la désillusion.

Vous savez quoi ? Il n’est pas illusoire d’imaginer que Montpellier, fort de ses armes atomiques qui correspondent justement à tout ce que Toulouse déteste, sera mieux qu’un faire-valoir. Qu’il rivalisera même, samedi soir sur la pelouse du Stade de France. Les quarante points (encore des chiffres) passés au même Stade toulousain en septembre (44-14) en attestent. Mieux : le MHR pourrait effectivement l’emporter. Ce groupe le mérite, revenu des abîmes et seulement maintenu il y a deux ans au bénéfice de deux points (20-18) et d’une pénalité généreusement accordée, en barrage d’accession sur la pelouse de Grenoble.

C’est désormais la force de ceux qui ont vu la « mort », qui habite ce groupe. Et le MHR, c’est une certitude, est notre meilleur client. Celui qu’il nous fallait pour laisser à cette finale le sel de l’incertitude. Au bout, il y aura le graal. Un soir pour une vie. Personne ne l’aura volé.