Il est 20 heures et il fait encore 36 °C dans le salon de Salim et Salomé, ce jeudi 25 juin. L’appartement de 50 m² qu’ils louent depuis trois ans au cœur du Vieux Lyon ne manque pas de charme. « C’est le logement bouilloire parfait, se désole pourtant Salim. Il est sur une colline, traversant est-ouest, sans store ni volet, avec une isolation des murs inexistante et en dernier étage sous les toits. » Le jeune homme grimace en pliant le linge, raide de soleil. Dans la chambre, la chaleur est suffocante. « Ça fait effet de serre », résume Salomé en caressant avec inquiétude son chat, amorphe. En face, les voisins ont scotché des couvertures de survie aux fenêtres.

« Au dernier étage, on est foutu »

L’appartement de Salim et Salomé fait partie des logements bouilloires repérés par l’association Territoire zéro logement malade, qui a entrepris de cartographier le problème à Lyon et à Paris. Sur les 2 000 logements lyonnais étudiés, 62 % des fenêtres sont dépourvues de la moindre protection, tandis qu’un logement sur dix se trouve sous les toits. « À partir du moment où l’on est au dernier étage, on est foutu », abonde Gaëlle, qui a quitté en début de semaine son deux-pièces sous les toits de la Croix-Rousse pour se réfugier chez sa famille, à la campagne, avec son conjoint, ses enfants et même leurs camarades de classe.

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photo dans le vieux lyon, dans le 5e arrondissement, où de nombreux immeubles d’époque sont dépourvus de volets, les riverains ont scotché des couvertures de survie aux fenêtres.  ©  ouest-france

Dans le Vieux Lyon, dans le 5e arrondissement, où de nombreux immeubles d’époque sont dépourvus de volets, les riverains ont scotché des couvertures de survie aux fenêtres. Ouest-France

Quand elle est devenue propriétaire, il y a trois ans, cette mère de famille a aussitôt fait isoler son appartement. « C’est très efficace en hiver, mais l’été c’est la catastrophe, soupire-t-elle. Quand on sort de l’immeuble, on se rend compte qu’il fait moins chaud dehors que dedans. Ça rend dingue ! » La météo est devenue une source d’inquiétude constante. « Je la regarde tout le temps, confie-t-elle. Quand je vois qu’il va faire 40, je panique. » Sa fille de 10 ans aussi est angoissée. « Elle m’a dit son inquiétude de vivre dans un monde où il fait si chaud », souffle Gaëlle.

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« On a l’impression d’être dans un sauna »

Place Wilson, à Villeurbanne, Issam est inquiet pour ses jumeaux d’un an. Avec cinq enfants, la famille a dû déménager pour un logement social plus grand dans un immeuble typique des années 60 : 100 % béton, isolation minimale. Malgré le climatiseur mobile et les volets, il fait 35 °C dans leur salon. « On a l’impression de vivre dans un sauna, lâche Issam. Notre appartement est devenu un dortoir. On passe le plus de temps possible dehors avec les petits. Ils dorment très mal. » Lui et sa femme rêvent de partir. Mais trouver un appartement avec cinq chambres et deux salaires de la fonction publique relève du miracle à Lyon.

Salim et Salomé aussi aimeraient faire un bébé, mais pas ici. Pour le moment, leur budget ne leur permet pas non plus de déménager ailleurs.

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Sous la sueur, les malaises et les intestins torturés par la chaleur, la colère pointe. « Ce sont les gens qui ont le moins d’argent qui sont le plus touché par la canicule , s’indigne Gaëlle. Sinon, on ne choisit pas d’habiter sous les toits ou dans une passoire ! » Face au refus de leur propriétaire d’installer des volets, Salim et Salomé ont décidé de s’engager à la fédération de syndicats Locataires Ensemble, qui milite entre autres pour la rénovation énergétique des logements en location. La semaine dernière, dans le quartier de la Part-Dieu, l’organisation a aidé des locataires excédés par le refus de leur bailleur à installer eux-mêmes des stores sur leurs balcons. Une initiative qui pourrait faire des émules alors que Lyon est une des villes qui se réchauffe le plus vite en France.