Qui aime bien, châtie bien… Sur l’image figée, qui accompagne un de leurs clips, on y voit une tour en flamme. Après la tour Montparnasse, voilà donc la tour Sarah-Bernhardt infernale ! La scène peut sembler violente, elle illustre surtout l’attachement des deux rappeurs, Bello et Dallas, à cet emblème de Bréquigny. « C’est le phare qui illumine le quartier, » s’enflamment-ils. Leur percée actuelle, au niveau national, ne les éloigne pas de leurs racines rennaises. « Sarah B » est même le nom de leur premier album, sorti début juin. « Cette tour de 21 étages, 22 quand on finit à pied, on y a vécu, ponctuellement, étant gamins, mais dans de grandes tentes qu’on avait dressées sur le toit ! » Des anecdotes sur Sarah B, la besace de Bello et Dallas en est pleine. « La tour… On la croyait maudite mais finalement elle avait plus d’un tour dans son sac, rappent-ils dans « Outro », l’un des quatorze titres de l’album. On n’a plus que fait le tour, des centaines d’allers-retours/ Entre les frères et les vautours/ Fallait faire beleck (NDLR : gaffe) autour de nous/ Maintenant c’est notre tour à nous ».
« L’émotion et l’authenticité »
Avec 7 000 ventes, dès la première semaine, l’album « Sarah B » s’est classé sur le podium, au niveau national, derrière ceux du Marseillais Jul et d’Alonzo. Bello et Dallas, qui ont table ouverte à Paris sur les radios spécialisées comme Skyrock, sont présentés comme les successeurs du collectif Columbine et de son émanation, le rappeur Lujipeka qui, depuis dix ans, porte haut les couleurs du rap rennais. L’univers des premiers est âpre, plus cru, plus urbain, moins pop que celui du second. « Nous privilégions l’émotion, » expliquent Bello et Dallas, qui alternent morceaux dansants et titres plus mélancoliques. « L’authenticité aussi. On a l’expérience du quartier. On n’est pas là que pour le glorifier. Il y a des choses à éviter… » Comme tremper dans le trafic de stupéfiants. Dans leurs textes, les deux rappeurs jonglent avec les codes, pour ne pas dire les clichés du rap, ses dérives bling-bling comprises. « Sarah, c’est la Masia, » chantent-ils, en faisant référence au centre de formation des footballeurs du FC Barcelone. En clair, les meilleurs rappeurs rennais seraient tous issus du quartier. Mais, « Sarah, c’est aussi la mafia. » Promis : rien de méchant. « On parle de mafia dans le sens de la famille, assurent Bello et Dallas. À Sarah-Bernhardt, il y a beaucoup d’enfants. Les habitants entretiennent des liens forts, bien au-delà de la musique. »
Pour l’heure, le duo rennais est encore en rodage sur scène. Il faudra donc patienter avant de le voir en tournée dans les festivals d’été.