Partis l’avant-veille des quatre coins de la France, près de 3 000 personnes issues de plus de 200 entreprises fermées ou menacées par des plans de licenciements s’étaient donné rendez-vous, le jeudi 24 juin 1976, à Saint-Étienne
Avec ce rallye des « Bradés de Giscard », la ville est ainsi devenue, le temps d’une chaude après-midi de l’été 1976, l’épicentre des luttes sociales de la France entière.
Pourquoi la ville a-t-elle été choisie ? Parce qu’à l’époque, son maire n’est autre que Michel Durafour, qui exerce depuis deux ans les fonctions de ministre du Travail auprès du Premier ministre, Jacques Chirac et du président de la République, Valéry Giscard d’Estaing.
La Loire, « championne en foot et en chômage »
Voitures, autocars, camionnettes, calicots, banderoles, porte-voix, musiques… Le cortège des Bradés de Giscard, organisé par la seule initiative de la CGT (la CFDT lui ayant reproché de faire cavalier seul) « évoquait une caravane publicitaire, ou contre-publicitaire plutôt, brûlant des kilomètres dans le seul but de faire voir du pays à la politique gouvernementale et de l’étaler au grand jour sur les routes », décrit notre reporter Raymond Rousset dans La Tribune-Le Progrès du vendredi 25 juin 1976.
En fin de journée, au point de rassemblement de la Plaine-Achille transformée en gigantesque kermesse, les orateurs montent à la tribune. Parmi eux, Joseph Sanguedolce, secrétaire départemental de la CGT de la Loire, qui affirme que 25 000 ouvriers métallurgistes ont débrayé à travers le département pour marquer leur solidarité.
« La Loire est championne en football avec l’ASSE et en chômage avec Monsieur Durafour », lance-t-il à la foule qui a arpenté les routes de France pendant deux jours.
Puis vient le tour d’Henri Krasucki, alors secrétaire national de la CGT. « Il paraît que les chômeurs sont trop bien indemnisés et qu’ils ne cherchent pas assez à travailler […]. Qu’ils viennent vous le dire ici, dans les yeux. Qu’avez-vous fait durant ces trois jours, sinon remuer la France pour avoir du travail, pour ne pas être chômeurs ? »
3 500 « professionnels de la contestation »
Depuis Paris, la réponse de Michel Durafour, piqué au vif par cette mobilisation sur ses terres, ne se fait pas attendre. « Le problème des travailleurs privés d’emploi est un sujet trop grave pour qu’on le traite par un rallye gadget à la manière de la CGT », fait-il savoir à la presse, estimant que l’événement « a réuni moins de 3 500 professionnels de la contestation ».
À l’issue de ce rassemblement, la CGT appelle de ses vœux une union avec la CFDT. « Seuls ont une chance de défendre leur emploi ceux qui engagent la lutte de masse. » Mais l’appel reste vain. Et le rallye des Bradés de Giscard ne connaît pas de lendemain.