Le Dr Handi Dahmana, vétérinaire, n’a pas le temps. La veille, celui qui est également professeur à l’école de médecine de Marseille était à l’École d’ostéopathie animale de Provence, pour vingt-trois soutenances de fin d’études comme président du jury. Puis, après sa journée de travail de 8 heures à minuit, une interview pour La Provence et une courte nuit, il prendra le lendemain la direction de Nantes pour cette fois endosser le rôle de l’élève et se former aux dernières nouveautés en médecine vétérinaire.

Et comme si cela ne suffisait pas, sur Tiktok, Instagram, Facebook et Youtube, il est @dr_handi_veto, où ses vidéos avec les animaux sont suivies religieusement par des centaines de milliers de personnes, de la France au Liban, du Maghreb au Québec. Une à deux fois par semaine, il partage les cas qu’il rencontre dans sa clinique du 4e arrondissement de Marseille, avec son lot de chats et chiens cabossés, mutilés, terrifiés, que le vétérinaire remet sur pattes, avant de leur redonner la joie de vivre en les faisant adopter. Des histoires qui inondent autant les joues des abonnés que les fils des réseaux sociaux. Mais tout n’est pas rose dans les vidéos d’Handi Dahmana. Il y livre aussi ses coups de gueule, dénonce les cas de maltraitance, les abandons et raconte aussi la mort d’animaux au-delà de tout espoir de guérison.

Le docteur Handi Dahmana est aussi @dr_handi_veto qui cartonne sur les réseaux sociaux.Le docteur Handi Dahmana est aussi @dr_handi_veto qui cartonne sur les réseaux sociaux. / Photo DR »Défendre tous les animaux du monde »

Cet amour trouve racine dans son enfance, en Kabylie : une promesse faite à une lapine, au pelage blanc et aux yeux rouges. « Un jour, je suis rentré de l’école et elle n’était plus là. Je l’ai cherchée partout, jusqu’à la tombée du jour. Mon père a fini par venir me voir pour dire qu’ils l’avaient mise dans la marmite. » Après une nuit passée à pleurer, le petit Handi s’accroche à une seule idée, dont il fait son credo, des décennies plus tard : « Je ferai de mon mieux pour défendre tous les animaux du monde. »

Dans ses vidéos, pas de petite musique, pas de filtre, pas de montage léché. On vous l’a dit, Handi Dahmana n’a pas le temps. « Je poste quand je suis aux toilettes, quand j’ai cinq minutes ! » Il pose son téléphone et filme tout, sans fard, avec sincérité. Ses grimaces, ses sourires comme ses larmes. « Je crois que c’est pour ça que mon contenu plaît. Les gens voient la sincérité, la bienveillance. Ça fait chaud au cœur. »

Bouquets de fleurs et chocolats

La porte s’ouvre sur un bouquet de fleurs : « Handi, c’est pour toi ! » Petit sourire timide. « Il y a beaucoup de gens qui m’offrent des choses : de l’huile d’olive, des fleurs, des chocolats… Mais l’argent, je refuse. » Le succès de @dr_handi_veto a commencé lors d’un live, à 2 heures du matin, alors que le Marseillais raconte l’histoire d’un chaton souffrant d’une fracture du bassin, un cas au-delà de ses compétences. Ses abonnés lui suggèrent alors l’idée d’une cagnotte. 25 minutes plus tard, en pleine nuit, pas moins de 1600 euros sont récoltés. « C’est là que j’ai compris la puissance des réseaux sociaux. Qu’il y avait un potentiel pour sauver les animaux, alors que je galérais tout seul dans mon coin. » L’animal a depuis été envoyé dans un centre de rééducation à Avignon, où il est resté comme mascotte.

S’ensuit cette vidéo montrant un chiot de trois semaines abandonné à la fourrière de Marseille, à la patte infectée et nécrosée. « Un cas ‘euthanasiable’ à 100%. » Mais Handi Dahmana décide de le sauver. Et l’ampute. Aujourd’hui, perché sur ses trois pattes en attendant une prothèse, celui qui devait mourir est devenu chien guide et égaie le quotidien d’enfants handicapés, du côté de Rennes. « J’ai initié une petite chose qui est devenue beaucoup plus grande, plus tard. Ça m’a incité à faire, refaire et refaire encore. » Désormais, certaines publications atteignent 4 millions de vues sur Instagram, 5 millions sur Facebook, 7 millions sur TikTok.

Le docteur Handi Dahmana est aussi @dr_handi_veto qui cartonne sur les réseaux sociaux.Le docteur Handi Dahmana est aussi @dr_handi_veto qui cartonne sur les réseaux sociaux. / Photo DR »Mon rêve, avoir mon propre refuge »

Le Dr Handi Dahmana n’a pas le temps, mais il n’est pas un homme pressé. Plusieurs fois pendant notre entretien, il assiste une consœur, répond à des questions, conseille. À 33 ans, cet amoureux de Marseille a, malgré ses longues journées et ses courtes nuits, un visage encore poupin que viennent démentir des cheveux teintés d’acier, fraîchement coupés et coiffés en brosse. Avec toujours ce calme et cette assurance de ceux qui se sont faits seuls, à force de volonté et de travail : « J’ai galéré dans la vie, si vous saviez dans combien de gares j’ai dormi pour arriver à ce que je fais là actuellement… » Aujourd’hui, le vétérinaire a un rêve : « Avoir mon refuge, pour accueillir tous les animaux que je sauve. » Une idée pas si incongrue quand on voit ce qu’il a déjà accompli. Tout en gardant l’essentiel en tête : « Je suis papa d’une petite fille de quatre mois. Et ça, c’est vraiment le plus gros du travail ! »