Avec ‘Nous l’orchestre’ sorti le 24 juin, le cinéaste Philippe Béziat dévoile le quotidien et les répétitions des 120 musiciens et musiciennes de l’Orchestre de Paris, afin de mieux comprendre comment se crée la musique au sein d’un collectif. Un documentaire immersif et sensoriel.
Comment jouer ensemble lorsque l’on est aussi nombreux? Comment se sentir important lorsqu’on a une toute petite partie à jouer? Comment cohabiter sans que le groupe explose? Quel rôle joue vraiment le chef d’orchestre? Pour la première fois, des caméras et des micros se sont faufilés parmi les 120 musiciens de l’Orchestre de Paris afin de saisir la dynamique collective de la création musicale.
Une répétition de l’Orchestre de Paris captée dans le documentaire ‘Nous l’orchestre’ de Philippe Béziat. [Les films Pelléas] Un déclic lors d’une répétition
Réalisé par Philippe Béziat, cinéaste français qui s’est spécialisé dans les documentaires consacrés à la musique classique (‘Traviata et nous’, ‘Noces, Stravinsky/Ramuz’, ‘Indes galantes’), ‘Nous l’orchestre’ est un projet qui lui a demandé un gros travail préparatoire afin de rencontrer en amont du tournage les musiciens et musiciennes et comprendre comment l’orchestre travaillait.
Un travail loin d’être inutile: « Un jour, je leur ai demandé l’autorisation de m’asseoir au milieu de l’orchestre pendant une répétition et ça a été une révélation, car ce que j’ai entendu était très éloigné de ce que je pouvais imaginer », raconte-t-il dans l’émission Vertigo du 23 juin. Il prend alors conscience que chaque musicien ou musicienne, en fonction de sa place dans l’orchestre, n’entend qu’une partie de l’ensemble et pas la même chose que son voisin ou sa voisine. « Comment diable font-ils pour jouer ensemble? », se demande alors le cinéaste. Et c’est cette question qui devient le moteur de son documentaire.
>> A écouter, l’interview de Philippe Béziat pour le film ‘Nous l’orchestre’ : L’invité : Philippe Béziat pour le film ‘Nous l’orchestre’ / Vertigo / 30 min. / le 16 juin 2026 Un parti pris immersif et sensoriel
Le cinéaste choisit d’adopter une approche la plus immersive possible. L’orchestre y est filmé comme un corps qui est disséqué et observé par la caméra. Cette approche, presque organique, montre comment la musique se fabrique concrètement. Philippe Béziat fait aussi des choix formels audacieux: peu d’interviews face caméra, mais quelques voix off, et surtout beaucoup de témoignages à lire à l’écran pour un documentaire qui se veut aussi sonore que visuel, n’hésitant pas à utiliser les silences et les ruptures de rythme.
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Capter le son depuis l’intérieur de l’orchestre
Sur le plan technique, le dispositif audio mis en place est impressionnant. Les quelque nonante micros disposés au sein de la phalange parisienne permettent de capter le son depuis l’intérieur de l’orchestre, mais aussi les conversations formelles et informelles des musiciens et musiciennes. Le travail du chef d’orchestre titulaire Klaus Mäkelä, jeune prodige finlandais de 30 ans qui assure la direction artistique de l’institution depuis 2020, mais aussi de plusieurs chefs invités durant le tournage, permet en outre d’observer et de mieux comprendre le travail de direction qui reste souvent mystérieux pour le commun des mortels.
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Loin de tout angélisme sur le « vivre ensemble », le film expose par ailleurs les difficultés rencontrées. Rancœurs, frustrations, problèmes d’ego, lassitude, doutes, le documentaire n’élude rien. Une tension constante entre le singulier et le collectif que le film illustre parfaitement en montrant au final comment chacun et chacune est indispensable à la réussite de la prestation d’ensemble.
Sujet radio: Raphael Wolf et Thomas Lecuyer
Adaptation web: Andréanne Quartier-la-Tente
‘Nous l’orchestre’, un documentaire de Philippe Béziat. A voir dans les salles romandes depuis le 24 juin 2026.