À la machine à café cette semaine, chaque matin les mêmes questions : « Il fait chaud chez toi ? », « L’école de tes enfants/petits enfants est ouverte ? » En toile de fond de nos petites conversations, une anxiété qui grandit. La peur instinctive d’un monde qui se réchauffe inexorablement et qui, par moments, nous brûle. Avec déjà, des défaillances physiques de personnes âgées et, d’autres moins âgées mais mal logées (1), qui ont fait bondir le nombre d’appels au 15. Plus 20 % à 40 % cette semaine selon les régions (2). Sans parler de la crainte pour la santé de nos enfants dans des bâtiments scolaires pris en défaut d’adaptation. Faut-il les climatiser ? Et les hôpitaux ?

Sur la place publique, les hommes et les femmes politiques s’en mêlent. Ils et elles se positionnent « pour » ou « contre » la climatisation, s’accusent d’avoir sous-estimé le réchauffement climatique… Vu de la machine à café, on est un peu désolé. Est-ce que, pour nous rassurer un peu, nos élus ne voudraient pas produire des idées de solutions d’adaptation et des plans sérieux de lutte sur un sujet aussi grave et aussi menaçant pour l’humanité ? Qui plus est à un an de l’élection présidentielle ?

Chercher du compromis

Nous, qui avons mal dormi après plusieurs nuits tropicales, savons bien qu’il va falloir changer nos modes de vie. D’ailleurs, ce café, pas sûr qu’il soit si écolo que ça… On sait que nos petits gestes ne suffiront pas mais qu’il faudra des actes à l’échelle de la cité, de l’Europe et du monde.

Et qu’en attendant, il faut tout adapter, tout revoir. On sait aussi qu’il faudra renoncer à des choses qui nous font plaisir. On peut bien regarder le voisin en chien de faïence en se disant : « Lui d’abord, il roule dans une voiture haute et confortable alors que moi, je roule à vélo. » Mais moi, est-ce que je ne prends pas l’avion un peu plus souvent qu’à mon tour ? Est-ce que je ne mange pas un peu trop de viande ? Si ça se trouve, mon voisin est végétarien ?

La convention citoyenne pour le climat, et ses propositions en grande partie détricotées, avait prouvé que des Français qui ne se connaissaient pas, une fois dûment informés sur le sujet, pouvaient produire des solutions de consensus.

Voilà ce qui nous fait un peu espérer après ces jours calfeutrés : quand elle veut, la démocratie peut être une réponse à l’angoisse qui nous serre le cœur. Mesdames et messieurs les candidats à l’élection présidentielle, nous savons qu’il n’est pas facile de dire : « Je vous promets des efforts et de l’inconfort ». Mais nous sommes déjà dans l’inconfort. Et si vous prenez votre part de démocratie en produisant des idées, en cherchant du compromis plutôt qu’en faisant commerce électoral du clivage, alors, beaucoup d’entre nous seraient prêts à des efforts.

(1) En 2025, un quart des ménages déclaraient souffrir du froid l’hiver et du chaud l’été selon l’Ademe

(2) Chiffres donnés par Yann Penverne président de Samu – Urgences de France, Ouest-France de jeudi