Face à des moustiques qui propagent la dengue, le paludisme ou Zika et pèsent lourd, jusqu’à près d’un million de morts par an à l’échelle mondiale, la riposte change de terrain. Des chercheurs misent sur les bactéries de la peau, génétiquement modifiées, pour jouer avec un mécanisme naturel du corps et brouiller les signaux qui nous rendent si attractifs. L’idée tranche avec les sprays classiques à base de DEET, souvent critiqués pour leur toxicité. Les premiers résultats, publiés dans PNAS Nexus, ouvrent une piste qui pourrait tenir bien plus longtemps que ce à quoi on est habitué.
Un fléau minuscule, des conséquences géantes
Ils sont petits, agaçants, mais surtout redoutables. Les moustiques figurent parmi les animaux les plus meurtriers au monde, parce qu’ils transmettent des maladies comme la dengue, le paludisme ou le virus Zika.
Chaque année, ils seraient liés à près de 1 million de décès à l’échelle mondiale. Et face à ça, les solutions classiques ne font pas toujours rêver, notamment les sprays à base de DEET : efficaces, oui, mais pas longtemps, et avec des questions récurrentes sur l’impact pour la santé et l’environnement.
Une idée simple sur le papier, très maligne en pratique
Des chercheurs annoncent une approche qui change la logique habituelle. Plutôt que de « masquer » l’humain sous une couche chimique, ils s’appuient sur ce qui vit déjà sur nous : les bactéries de la peau.
Leur méthode repose sur des bactéries génétiquement modifiées, appliquées localement, capables de modifier un signal chimique clé. Les résultats, détaillés dans PNAS Nexus, montrent qu’un composé naturellement produit par notre corps devient beaucoup moins attirant pour les moustiques après traitement.
Pourquoi certains se font piquer plus que d’autres
Pour trouver leur cible, les moustiques combinent plusieurs indices. Il y a la chaleur, le CO2 qu’on expire, et surtout tout un cocktail d’odeurs fabriquées par le microbiome de notre peau.
Parmi ces odeurs, l’acide L-(t)-lactique joue un rôle central. En temps normal, c’est un véritable aimant à moustiques. Là, l’innovation consiste à « désamorcer » ce signal en agissant directement sur les bactéries qui participent à sa production, ce qui perturbe leur repérage olfactif.
Jusqu’à 11 jours de protection, sans y penser
Les chiffres donnent le tournis. Trois jours après application, les chercheurs observent une baisse de 64,4 % de l’attraction des moustiques.
Et surtout, l’effet peut durer jusqu’à 11 jours. Forcément, ça change la donne par rapport aux répulsifs traditionnels, qu’il faut souvent remettre toutes les quelques heures. Qui a envie de se tartiner avant chaque sortie, franchement ?
Une piste plus propre, mais encore des étapes
Autre point mis en avant, l’absence de substances chimiques toxiques dans cette approche, ce qui pourrait limiter les effets collatéraux sur la biodiversité. Sur le papier, c’est un argument de poids, notamment dans les zones où l’usage intensif de répulsifs est devenu la norme.
Reste que l’idée d’utiliser des micro-organismes modifiés sur la peau pose forcément des questions de déploiement, d’encadrement et d’acceptation. Pour le coup, si les essais se confirment, on tient peut-être une nouvelle façon de se protéger, plus durable et beaucoup moins contraignante.