Habitués des chaudes ambiances du Top 14, les joueurs du XV de France ont découvert un autre monde, vendredi, en assistant au choc de NRL entre les Broncos et les Roosters, disputé sous les yeux de 40 000 spectateurs enfiévrés.

Pour beaucoup de monde, dans l’aréopage des Tricolores, à commencer par l’auteur de ces lignes, assister à un match de NRL constituait un baptême. Et comme toutes les premières fois, celle-ci se retrouvait mâtinée d’attente et de petits espoirs, au sujet de cette ligue dépeinte comme une référence mondiale en matière de spectacle et de sport professionnel. En la matière ? On avoue que pour tout ce qui concerne l’extra-sportif, on n’a pas été déçu, la NRL fourmillant d’idées nouvelles pour faire vivre le match, en faisant sponsoriser jusqu’à la réalisation du toss effectué par un enfant innocent habillé à l’effigie d’une marque, sous le regard de l’arbitre rendu au rang de simple huissier de justice. Et l’on ne parle pas, évidemment, d’une expérience stade à des kilomètres de ce à quoi l’on est habitué depuis des années en Top 14, les buvettes allant jusqu’à permettre la vente d’alcools forts consommés parfois sans modération.

Un « Captain challenge » unanimement apprécié

À l’excès ? On jurerait que oui, à en observer certaines attitudes, comme celles d’un supporter des Roosters particulièrement désinhibé à qui les Bleus ont, à juste titre, appelé à plusieurs reprises à la mesure, faisant preuve pour l’occasion d’un calme et d’une patience qu’il s’agissait ici de souligner. Accessibles et sympas, ces derniers se sont même pliés de bonne grâce aux selfies quémandés par les rares spectateurs les ayant reconnus, à l’image de cette famille néo-zélandaise originaire de Christchurch qui leur a gentiment donné rendez-vous à dans dix jours.

Mais au-delà de leur comportement et de l’ambiance, nous direz-vous ? Eh ! bien, le jeu en lui-même a provoqué bien des interrogations chez les joueurs, qui ont fait sourire Patrick Arlettaz, en Catalan bon teint. « Chez moi, on est la terre des deux rugbys mais on ne peut pas avoir une réflexion de quinziste pour juger un match de XIII et inversement. Quand on parle de monotonie, eux parlent d’usure. Les chaînes de jeu à XIII sont immuables pendant 60 % du temps, parce que ce sont des chaînes sécuritaires qui leur permettent d’user les mecs. On n’a pas de navette à faire sur dix mètres, ce qui veut dire qu’à XIII, tu te fatigues six fois plus en défense qu’en attaque. Ce n’est juste pas le même sport. » Ce que les joueurs ont toutefois apprécié, c’est bien la possibilité faite par la NRL d’offrir un « challenge » vidéo par mi-temps aux capitaines des deux équipes, unanimement saluée comme une mesure à rapidement mettre en place en Top 14. Sachant qu’à peu près toutes les évolutions ayant fait évoluer le XV ces dernières saisons ont été copiées le rugby à XIII (du 50:22 aux explications de l’arbitre diffusées en direct sur les haut-parleurs), on ne devrait sans doute pas attendre trop longtemps…

Servat invité à assurer le discours des Roosters

Pour le reste ? S’il a fallu un certain temps aux joueurs (et à nous aussi, pour être honnête) pour reconnaître qu’un des meilleurs joueurs du match n’était autre que l’ex-futur ailier des Wallabies Mark Nawaqanitawase (aligné au centre du terrain des Roosters), les Tricolores ont globalement apprécié le spectacle. À commencer par un petit chanceux nommé William Servat, invité par l’ancien coach des Dragons catalans, Trent Robinson (dont un des adjoints n’est autre que l’ancien coach du Stade français, Michael Cheika) à assurer le discours d’avant-match aux Roosters (dont le surnom des Coqs est historiquement lié à une tournée victorieuse du XIII de France en Australie en 1951), puis à partager leur intimité dans les vestiaires et dans la box des coachs.

Une nouvelle expérience marquante pour la Bûche qui, au lendemain de la partie, nous avouait avoir été bluffé par la dimension physique des athlètes treizistes et leur puissance dégagée sur le haut du corps, ainsi que leur capacité à répéter les efforts. Comme quoi, les voyages ne forment pas que la jeunesse…