Huit truies gestantes mortes en seulement quelques heures. Pour Pascal Nédélec, éleveur de porcs à Châteaulin et responsable FDSEA du canton de Châteaulin, la vague de chaleur restera comme un épisode d’une rare violence. Les températures extrêmes de ces derniers jours ont entraîné une hausse inhabituelle de la mortalité dans les élevages, mettant également en difficulté les services d’équarrissage.
« On n’élève pas nos animaux pour les voir souffrir »
« Il a fallu qu’on s’adapte très vite », confie l’éleveur de 44 ans, installé depuis dix ans à la tête d’un élevage de 200 truies. Les pertes se sont concentrées dans un bâtiment accueillant une centaine de truies gestantes. Ancien espace « réaménagé à moindre coût », il n’était ni ventilé ni isolé. « Grâce à ma formation en maintenance industrielle, j’ai récupéré des ventilateurs pour les installer en urgence. On arrosait aussi les toitures pour essayer de faire baisser la température. »
Malgré ces mesures, huit truies n’ont pas survécu. « En 24 heures, j’en ai perdu autant qu’en une année. » Une perte lourde de conséquences. « Ce ne sont pas seulement les truies que l’on perd, mais aussi tous les porcelets qu’elles portaient. C’est une perte de production énorme. Moralement, c’est compliqué. On n’élève pas nos animaux pour les voir souffrir. »
Plusieurs ventilateurs ont été mis en place en urgence dans les bâtiments afin de lutter un maximum contre les fortes chaleurs. (Photo Le Télégramme/Mathis Roignant)Équarrissage saturé
À cette épreuve s’est rapidement ajoutée une autre difficulté : la saturation de l’équarrissage. Après avoir déclaré les décès, seules quatre carcasses ont pu être récupérées. « On a appris qu’ils arrêtaient les tournées, on s’est donc retrouvés avec quatre truies mortes sur l’exploitation, en attendant les consignes. Heureusement, la FDSEA nous a rapidement informés des procédures à suivre. »
Face à cette situation exceptionnelle, la préfecture a autorisé l’enfouissement des animaux morts. Une solution strictement encadrée. Les éleveurs doivent effectuer une demande auprès de la Direction départementale de la protection des populations (DDPP) et respecter de nombreuses règles sanitaires. « Il y a trois pages de consignes : profondeur, distances avec les cours d’eau, emplacement… Tout est réglementé. Il faut aussi faire intervenir une entreprise de terrassement, ce qui représente un coût supplémentaire. » Dans son cas, les quatre truies ont été enfouies dans une prairie située à proximité de l’exploitation.
Des bâtiments pas assez modernes
Pour Gilbert Le Goff, président de la FDSEA 29, cette situation concerne l’ensemble de l’ouest de la France. Les volailles sont les plus touchées par la chaleur, devant les porcs, tandis que les bovins résistent davantage. La saturation de l’équarrissage s’explique par un nombre de mortalités bien supérieur à la normale. La FDSEA a demandé une reconnaissance de catastrophe naturelle « afin d’aider les éleveurs à faire face aux pertes et aux frais engendrés. »
Pour Pascal Nédélec, cet épisode souligne aussi le retard de modernisation de certains élevages finistériens. « Les bâtiments récents, ventilés et isolés, n’ont pas connu de pertes. Aujourd’hui, on intègre ces équipements dès la conception. Mais avec un prix du porc inférieur au coût de revient, investir est très compliqué. Cette fois, on a évité le pire parce qu’on a réagi vite », conclut-il.