Deux jours de fête, de reggaeton et de salsa. « La venue de Bad Bunny à Marseille est un beau prétexte pour danser », sourit Angelo Castillo à la tête de La Esquina tropical, qui organise des événements autour de la culture latino-américaine depuis deux ans. Ce mardi sur le rooftop du Prado, au Massilia Beach, et aujourd’hui sur celui des Réformés à partir de midi, « une pause pour le concert avant de refaire la fête jusqu’à 2h », insiste l’organisateur.

Ce Péruvien de 34 ans, arrivé en France à l’âge de dix ans, n’apprécie pas seulement le chanteur portoricain pour son style musical. « Il incarne la culture latino, il est devenu la voix de l’Amérique latine. Il chante en espagnol, ce n’est pas un détail mais un acte de résistance. » Et ses prises de position à la suite de l’ouragan Maria ou contre la politique de Trump n’ont fait qu’accroître sa popularité. À Marseille, elle grandit.

« Beaucoup de similitudes entre Marseille et notre culture »

« Quand je suis arrivé à Marseille, on avait tendance à tout mélanger derrière l’étiquette latino, il faut faire la différence entre appréciation culturelle et appropriation culturelle », pose Angelo. Depuis deux ans, il partage donc ce sens de la fête qui ne tient pas seulement à la musique. « Nous sommes tous des danseurs, on a tous appris à danser avant de marcher. On a tous accompagné nos parents en soirée et on s’est tous endormis, petits, sur les chaises en les attendant. D’ailleurs, Bad Bunny y a fait référence lors de son passage au Super Bowl. Dans nos soirées, le plus important est le lâcher prise, el perreo, sans jugement », poursuit-il. À Marseille, La Esquina replace l’Amérique latine sur la carte. « La Esquina, qui se traduit par ’le coin de la rue’, c’est un repaire, dans nos villes tracées au carré : c’est grâce aux esquinas qu’on retrouve son chemin… Mais à Marseille, on se sent très bien », se marre Angelo.

Dans son staff 100% latino, on confirme : « Il y a beaucoup de similitudes entre Marseille et notre culture », note Guillermo, originaire du Paraguay. « La mer, le soleil, les horaires approximatifs et ce côté rebelle… Ici, comme chez nous, les gens n’aiment pas trop quand on leur impose des choses, sans les comprendre d’abord », rajoute Angelo.

« Avec Bad Bunny, c’est de nouveau cool d’être latino, reprend Juan Sanchez, chef colombien du Barrio Marsella, en plein cœur de Noailles (1er). Dans mon restaurant, je sens une effervescence à l’approche du concert, avec des gens de la communauté sud-américaine qui arrive de toute la France. Plus qu’un chanteur, il est le porte-étendard de notre culture, une figure militante qui s’est élevé contre les politiques anti-immigration aux États-Unis. Le symbole de notre fierté. »

Si Juan n’a pas eu de place pour le concert, il a inondé de « DM » le chanteur sur les réseaux sociaux pour l’inviter à un concert sur sa terrasse, convaincu que « Bad Bunny est capable de tout ». Même engouement chez un autre chef marseillais, David Mijoba, qui « (s)’en veu (t) » de n’avoir pu décrocher son sésame. « Bad Bunny joue une musique contestataire qui s’oppose au colonialisme américain, dit le cuisinier vénézuélien, passé par les plus grandes maisons, avant d’installer Mijoba à Vauban (7e). Il vient de Porto Rico mais unit l’Amérique latine, grâce à des mélodies que nous partageons tous. Il met en avant au niveau mondial ce mélange de rythmes afros et de musique espagnole qui a formé la salsa, la cumbia, le merengue… Il en a fait des sons populaires, qui véhiculent partout nos origines, nos racines et notre fierté latino-américaine. »