De professeur de tennis à nouveau phénomène des réseaux sociaux, Thomas Guilloteau n’avait rien prémédité. Grâce à ses imitations caricaturales de Fabien Galthié, Ugo Mola, Yannick Bru ou encore Christophe Urios, il est devenu une des figures de l’humour rugby sur Internet. Midi Olympique a rencontré « Languille Frétille », celui qui, malgré ses coups de griffes, défend tout élan de méchanceté.

Il y a des destins qui basculent en quelques minutes. Pour Thomas Guilloteau, 42 ans, tout a commencé devant une crèche près de Bordeaux, il y a un an. « On avait trois minutes à perdre avec ma femme, on attendait de récupérer nos enfants », raconte-t-il. Comme souvent, il parle de sport qui, depuis son enfance, est une obsession joyeuse rythmant ses journées. « Je pouvais écouter du matin au soir les matchs, les débats, les podcasts. Je ne ratais rien. » À ses côtés, sa femme Laure, ancienne tenniswoman de haut niveau, s’amuse de cette passion débordante. Ce jour-là encore, cette dernière finit par l’interrompre : « C’est bon, stop. » Elle sort son téléphone et le filme avant d’enchaîner : « Allez, je te crée un compte. » La première vidéo est publiée dans la foulée. « D’ailleurs, c’est ridicule, j’explique que je suis possédé par le sport », sourit-il aujourd’hui. Elle ne fait pas de buzz (22likes) mais il se prend au jeu et assume enfin sa part d’ombre : « J’ai toujours aimé la déconne, me mettre en scène. Et je n’ai jamais eu peur du ridicule. Je tiens certainement ce côté théâtral de mon père ».

Un an plus tard, cette vidéo maladroite a donné naissance à l’un des personnages les plus populaires de la sphère rugby sur les réseaux sociaux. Nom de baptême sur son compte Instagram : « Languille frétille ». L’origine de ce pseudo vient du surnom de Thomas lorsqu’il jouait au tennis « LaGuille » (pour Guilloteau). Puis, lors d’une tournée à l’étranger comme joueur, « La Guille » devient « Languille » en référence à sa façon de bouger sur un court. Sa femme ajoutera « frétille ».

Petit à petit, son humour va toucher les supporters, les coachs mais aussi les joueurs. Thomas est fier de nous montrer que certains coachs (dont Yannick Bru) likent ses posts, ou encore que d’autres (dont Philippe Saint-André) lui envoient des messages pour l’encourager. Professeur de tennis à Bordeaux, « bayonnais de cœur » et ancien joueur semi-professionnel (classé -30 ; 66e joueur français), Guilloteau connaît les exigences de la compétition et l’importance du travail de l’ombre. « Je n’ai jamais aimé être semi-pro mais mon ancien passé de joueur m’a donné une profonde admiration pour tous les sportifs ».

Cette admiration est devenue la colonne vertébrale de son contenu. À l’heure où les réseaux sociaux récompensent souvent la critique facile ou les polémiques, lui a choisi une autre voie. « Je m’interdis tout ce qui est attaque sur le physique ou la méchanceté. J’aime la déconne mais pas méchante… » Piquant, OK. Mais pas mordant. Une philosophie qui explique sans doute pourquoi il fait le buzz et touche la communauté rugby. « On peut me dire que mes vidéos sont nulles, ça fait partie du jeu. Mais je pense qu’on ne pourra jamais me reprocher d’être méchant ».

« La Demi-molle » Et La Brute

À l’origine, ses contenus parlaient de plusieurs sports comme le foot, le tennis, le rugby ou encore le basket. Puis, le rugby a progressivement pris une place particulière. « Je trouve qu’il y a dans le rugby un côté populaire et proche du public qui me correspond énormément. » Le paradoxe est amusant. Issu du tennis, sport souvent perçu comme plus codifié, Thomas se reconnaît davantage dans l’univers rugbystique. « J’aime les expressions de ce sport, les tics de langage. Et il y a un panel de personnages incroyables… » Fabien Galthié, Christophe Urios, Yannick Bru ou encore Ugo Mola sont ainsi devenus ses sources d’inspiration préférées. « Pour l’entraîneur toulousain, Ugo Mola, je me suis dit qu’il fallait mettre un costard pour le côté beau gosse mais aussi parce que les Toulousains ont souvent le boulard… » Avec ses entrées théâtrales, ses regards appuyés, son assurance caricaturée, le personnage de Mola est devenu culte auprès des supporters. Très vite, la rivalité entre Toulouse et Bordeaux s’est retrouvée au centre des créations. L’humoriste oppose souvent « La Demi-molle » (Ugo Mola) à « La Brute » (Yannick Bru).
Même ses filles, Prunelle (4 ans) et Opale (2 ans et demi), le chambrent à ce sujet : « Comment va ma Demi-molle ? Et ma Brute, il prend la confiance… » Son fils, Noé (11 ans), est moins focalisé sur les imitations. Et pourtant, ces personnages font désormais partie de son quotidien. Il les a construits en étudiant non seulement leur voix mais aussi et surtout leur personnalité. « Tout ce que je fais est au feeling. Je ne prépare pas vraiment. Ça vient naturellement. » Un autre technicien a une place importante dans son cœur. « Le personnage auquel je suis le plus attaché, c’est Fabien Galthié. C’est lui qui a lancé tous les autres. Et là, il va y avoir la tournée du XV de France. Donc, Fabien (Galthié, N.D.L.R.) va revenir un peu sur le devant de la scène. » Derrière l’humour, il y a surtout beaucoup de respect et même d’admiration, que l’on ressent lorsqu’il parle d’Urios, Mola, Bru ou Galthié. »Si je peux tous les rencontrer un jour, ce sera avec un immense plaisir ».

« Un joueur d’instinct »

Si l’aventure est née presque par hasard, elle a réveillé quelque chose de familier chez l’ancien sportif : le goût du défi. « Au départ, c’était juste pour rigoler. Aujourd’hui, j’ai envie de voir jusqu’où ça peut me mener. Alors, peut-être pas un spectacle sur scène car c’est énormément de boulot d’écriture mais voir jusqu’où la popularité peut aller car je suis encore très loin des grands influenceurs. » Le professeur de tennis à l’US Cenon a récemment participé à l’émission de radio « 100 % UBB » sur IciGironde. Il a signé quelques collaborations et participé à des publicités, aussi. Autant d’expériences qu’il n’aurait jamais imaginées quelques mois auparavant. Tout se bouscule pour lui. « Le Midi Olympique qui m’appelle, c’est extraordinaire ! Jamais je n’aurais pensé vivre ça. Je vais encadrer votre article ! », sourit-il.

Pour autant, il refuse de se laisser déborder. Thomas Guilloteau est un rigoureux mais les vidéos restent, en effet, un plaisir avant tout. Le père de famille veille à préserver son équilibre. « À un moment, mon cerveau était complètement accaparé. J’ai réduit le nombre de sports traités et de vidéos à diffuser pour garder du temps avec ma famille. Désormais, j’en fais une voire deux si vraiment l’actu est intéressante. » Derrière le personnage visible sur les réseaux, Thomas reste un homme connecté avec les siens, ancré dans sa vie familiale. S’il avait joué au rugby, il aurait aimé être trois-quarts centre ou ailier. « Quand je jouais au tennis, j’étais un joueur d’instinct. Au rugby, j’aurais aimé relancer ou faire des trucs chaloupés, un peu comme Damian Penaud ou Louis Bielle-Biarrey. Ou alors, jouer demi d’ouverture, comme Matthieu Jalibert car j’aime son côté artiste imprévisible. Ça, ça m’aurait plu ».

Thomas Guilloteau cite de nombreux Bordelais car il habite à Bruges, avec sa famille. Mais son club de cœur, c’est l’Aviron bayonnais. Supporter assumé, il n’en reste pas moins capable de chambrer les Ciel et Blanc, parce que c’est aussi sa vision du sport. « On taquine souvent ceux que l’on aime. » Et de poursuivre : « Philippe Tayeb s’est mis le feu tout seul. J’ai été un peu dur avec lui car j’avais beaucoup de respect pour le travail de Grégory Patat… Il a mené l’équipe là où personne ne l’imaginait, jusqu’en demi-finale du Top 14 (en 2024-2025). Je trouve que le président a été ingrat avec lui. La sortie de Patat n’était pas à la hauteur du travail qu’il a effectué. C’est peut-être l’une de mes vidéos les plus virulentes mais attention, sans jamais perdre le respect qui est fondamental à mes yeux. » Une philosophie qui résume finalement assez bien le succès de Thomas Guilloteau. À une époque où l’humour cherche souvent le clash, où le buzz est devenu une source de revenus, Languille Frétille a, lui, choisi de chambrer sans humilier.