Le Royaume-Uni opère un virage. Depuis l’usine de drones Malloy Aeronautics de Maidenhead, le chef du gouvernement britannique, Keir Starmer, a présenté mardi 30 juin un nouveau plan d’investissement pour la défense. Ce DIP, pour Defense Investisment Plan, veut placer les drones et les systèmes autonomes au cœur des forces armées du pays. Dans le détail, plus de 5 milliards de livres sterling, soit environ 5,8 milliards d’euros, seront consacrés à ces technologies au cours des quatre prochaines années.

Londres estime que l’armée de terre (British Army), la Royal Air Force (RAF) et la Royal Navy doivent s’adapter aux nouvelles règles de la guerre, dictées par les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient. « Les drones redéfinissent rapidement la guerre. Les systèmes peu coûteux détruisent des cibles à haute valeur ajoutée et les cycles d’innovation se comptent en semaines plutôt qu’en années », justifie Keir Starmer, que relaie dans un communiqué Downing Street.

Côté Navy, le pari d’un concept hybride et le sacrifice du futur destroyer

La Royal Navy est sans doute celle qui connaîtra les changements les plus spectaculaires. Le futur destroyer Type 83 est abandonné au profit d’une flotte « hybride » composée de navires habités et de bâtiments autonomes. Quatre modèles de plateformes de lancement de missiles ou de détection sans équipage (Type 91, Type 92, Type 93, Type 93) seront développés.

À partir des années 2030, ces engins travailleront avec des navires pilotés qui serviront de centre de commandement de toute cette architecture. Les porte-avions britanniques évolueront eux aussi avec des drones à réaction opérant aux côtés des chasseurs F-35B.

Soutien des Apache de la British Army et pluie de Storm Shroud

Dans l’armée de terre, les investissements seront alloués aux drones FPV, aux munitions rôdeuses et à de nouveaux véhicules terrestres sans équipage. Le projet Nyx prévoit l’arrivée d’une vingtaine de drones armés capables d’accompagner les hélicoptères Apache dans des missions de reconnaissance, de frappe de précision ou de guerre électronique. En outre, un autre programme remplacera le drone Watchkeeper, longtemps critiqué pour ses difficultés techniques.

Quant à la Royal Air Force, le Royaume-Uni poursuit le développement de son futur avion de combat de nouvelle génération, dans le cadre du programme GCAP avec le Japon et l’Italie. Le plan d’investissement mentionne également un « nouveau programme national de combat aérien collaboratif » qui semble vouloir remplacer divers programmes de type loyal wingman et faire voler des chasseurs autonomes aux côtés d’appareils pilotés. Un démonstrateur devrait prendre les airs d’ici la fin de la décennie au plus tard.

L’armée de l’air recevra aussi dès cette année des drones de guerre électronique Storm Shroud. Le Royaume-Uni investira en tout 11 milliards de livres sterling (12,8 milliards d’euros) pour renforcer ses stocks, notamment avec des munitions de longue portée, des missiles de croisière et d’autres armes à usage unique.

Cette nouvelle stratégie est néanmoins un pari risqué puisqu’une grande partie des systèmes annoncés n’existe encore qu’à des stades précoces d’élaboration ou de prototype. Le gouvernement reconnaît lui-même qu’il faudra accélérer sur le dossier.