Une réforme des retraites, une nouvelle répartition de la charge fiscale… La coalition au pouvoir en Allemagne a annoncé jeudi un compromis sur un ensemble de réformes pour sortir le pays de l’ornière économique. « Nous veillons à préserver notre Etat providence et nous veillons à alléger la charge qui pèse sur les salariés et les entreprises en baissant les impôts », a annoncé devant la presse Friedrich Merz, après des mois de dissensions entre conservateurs (CDU-CSU) et sociaux démocrates (SPD). « Nous veillons à accroître la flexibilité de nos entreprises. Nous veillons à réduire la bureaucratie », a-t-il ajouté.
Conservateurs et sociaux démocrates se sont entendus sur l’adoption d’ici la fin de l’année de la réforme des retraites, prônée par une commission indépendante. Outre la hausse progressive de l’âge légal de départ, cette réforme prévoit l’élargissement de l’assiette des cotisants et l’introduction d’une dose de capitalisation. La coalition a aussi décidé d’un allègement fiscal de dix milliards d’euros pour les revenus faibles et moyens. Une baisse des subventions fiscales et une fiscalité accrue sur les revenus dépassant 250.000 euros annuels doivent compenser ce manque à gagner.
« Les plus hauts revenus contribueront davantage. C’est une question d’équité si nous voulons faire avancer le pays », a déclaré le ministre social-démocrate des Finances Lars Klingbeil lors de la conférence de presse se tenant dans les jardins de la chancellerie.
Modification des arrêts de travail
Pour lutter contre l’absentéisme au travail, le gouvernement a décidé d’introduire l’obligation d’un arrêt de travail dès le premier jour de maladie et interdit la délivrance après une simple consultation téléphonique. Après un peu plus d’un an aux affaires et un bilan limité, Friedrich Merz a sonné le rappel des troupes au printemps, confronté à une économie naviguant entre récession et stagnation et à une extrême droite en plein essor et devant lui dans les sondages.
Le défi de chancelier était de montrer que son gouvernement n’est pas condamné à l’inertie, et peut reformer un pays en manque d’innovation et dont l’industrie exportatrice, longtemps moteur du succès allemand, est plombée par le coût de l’énergie, du travail, la bureaucratie, la concurrence chinoise et les tarifs douaniers américains.
Une politique plus agressive à l’égard de la Chine
Démontrer sa capacité d’action est d’autant plus important, que CDU-CSU et SPD veulent empêcher à tout prix que le parti d’extrême droite AfD puisse prendre pour la première fois les commandes dans deux régions de l’Est, lors de régionales en septembre. Une telle situation serait une première dans l’Allemagne d’après-guerre et constituerait un séisme politique pour un chancelier très critiqué, à droite comme à gauche, et qui est à plus de 80 % d’opinion défavorable.
Enfin, le gouvernement a aussi promis de mener, dans le cadre de l’UE, une politique plus agressive à l’égard de la Chine, le premier client de l’Allemagne devenu son premier concurrent étant accusé de politique commerciale déloyale. Lars Klingbeil a revendiqué une « ligne plus robuste face à la Chine », accusée de « détruire, avec des moyens déloyaux, des emplois et des modèles économiques ». Le chancelier a appelé à répondre aux « pratiques commerciales déloyales » chinoises, listant les surcapacités de production, les subventions, une monnaie artificiellement faible.