Adapter la défense française aux nouveaux usages de la guerre. Durant un point presse du ministère des Armées et des Anciens combattants ce 2 juillet à Balard, le capitaine de vaisseau Jérôme Henry, chef de la division entraînement de la force d’action navale et ancien commandant de la FREMM-DA Alsace est revenu sur le déploiement de frégates françaises en mer Rouge, de janvier à avril 2024. Son bâtiment, la Frégate multi-missions Alsace, a été déployé en mer Rouge dans le cadre de l’opération navale de l’Union européenne Aspides, destinée à protéger la navigation commerciale en mer Rouge après les attaques des houthis contre des navires marchands.

Sur place, les militaires ont « fait face à un environnement compliqué, et exigeant », rapporte-t-il. Et de préciser : « Nous avons accompagné dans cette zone jusqu’à 19 navires de commerce, et porté assistance à des bateaux frappés par les Houthis ». Parmi eux ? Le pétrolier Marlin Luanda, touché le 26 janvier 2024 par un missile anti-navire tiré par le mouvement yéménite en réponse à « l’agression américano-britannique contre (son) pays » (BBC), et le vraquier Rubymar, qui a dérivé plusieurs semaines avant de couler en mer Rouge, devenant le premier navire coulé par la force houthie.

Des drones de surface suicide

« La première menace à laquelle nous avons dû faire face c’est le drone, de type Samad (une version proche du Shahed iranien, Ndlr), un drone à longue portée qui file à une centaine de nœuds, détaille le capitaine. Nous les avons tirés au canon ». Les militaires ont aussi eu à combattre des « drones de surface suicide au comportement inédit », volant au ras des flots pour venir exploser contre les flancs des bateaux de commerce, précise Jérôme Henry. Puis d’ajouter que « Cela a nécessité une adaptation de nos moyens de détection pour traiter la menace au plus loin, et éviter une saturation des moyens de défense ». L’Alsace a subi une attaque coordonnée de 6 drones, contre laquelle les Français ont déployé des brouilleurs Majes, et un hélicoptère.

La menace des missiles balistiques a également été compliquée à gérer, et les militaires se sont entraînés pendant leurs quarts à simuler des éco-radars pour vérifier que leurs systèmes étaient opérationnels. « La menace balistique est fulgurante, le missile arrive à plusieurs fois la vitesse du son : il faut que tout soit organisé, et minuté. Nos systèmes ne sont pas tous faits pour contrer les missiles balistiques, donc il faut s’organiser », apprend-on. Les Français ont été parfois amenés à naviguer dans la zone d’action des houthis, et donc à tenir leurs postes, pendant plus de 6 heures.

Préparer les esprits aux combats

Des conditions qui impactent fortement les marins. « Il faut désormais préparer les esprits aux combats, ce dont on n’a pas forcément l’habitude. Le réalisme de l’entraînement et la gestion du stress sont primordiaux. Il faut qu’on sache en combien de temps on est capable de s’adapter et de réagir. (…) Nous avons adapté nos procédures », nous fait savoir Jérôme Henry.

Vu le niveau d’engagement, les soldats ont été autorisés à discuter durant toute la mission avec leurs familles. Désormais, estime le capitaine, la situation a évolué en mer Rouge, les attaques de houthis se sont espacées, et les tirs se concentrent sur les intérêts israéliens. Les relations internationales étant toutefois entrées dans une nouvelle phase de tensions, les déploiements français demeurent très nombreux et ce, sur tous les continents.