Nous avons demandé conseil à Anne-Constance Rahir, responsable de la Clinique du sommeil du CHU UCL Namur (site de Godinne), Neuropsychologue et Somnologue. Un peu mal à l’aise par rapport à cette question. « Les recommandations que nous donnons au niveau du sommeil concernent des comportements réguliers et durables, pas des situations ponctuelles. Si l’objectif est de demander « comment optimiser son sommeil pour rester éveillé jusqu’à 2 heures », je crains que ma réponse soit simplement: ne le faites pas. »

« Bon, une Coupe du monde n’a lieu que tous les quatre ans, alors…. »

Ne pas regarder ? Impossible pour un supporter. Ne pourrait-il donc pas être possible de faire une entorse à cette règle et à ses habitudes ?

« Oui, mais cela ne relève pas d’une stratégie de santé du sommeil. Ce serait un peu comme demander à un cardiologue comment préparer son cœur à un concours de hamburgers… La meilleure recommandation reste de ne pas modifier ses habitudes pour un événement aussi ponctuel. En tant que spécialiste du sommeil, je ne le recommande donc pas, mais une Coupe du monde a lieu une fois tous les quatre ans, donc en tant que supporter, je dirais que c’est vivement recommandé ! »

« S’ils gagnent, la fatigue du lendemain sera plus facile à supporter »

Françoise Dumont, somnologue au Grand Hôpital de Charleroi a regardé le match des Diables face au Sénégal ce mercredi soir. Mais elle était ce jeudi en pleine forme. « J’ai regardé jusqu’à la 75e minute. J’ai cru que c’était plié pour la Belgique et je suis allée dormir ! »

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Après les privations de sommeil à cause de la canicule, ces matchs de nuit ne sont pas idéaux pour nos organismes.

Si on veut limiter les dégâts lors du match des Diables face aux États-Unis, il faut connaître son rythme circadien, aussi appelé horloge biologique. « Si nous sommes habitués à nous coucher à 23 heures, décider d’aller dormi à 20 heures pour être en forme à 2 heures du matin ne sert strictement à rien. Tout d’abord, un vrai supporter sera trop nerveux pour dormir. Et ensuite, il est impossible de changer son rythme circadien sur le court terme. On ne sait pas prendre de l’avance sur le sommeil. »

Le mieux est d’aller dormir comme d’habitude et de mettre le réveil un quart d’heure avant le début de la rencontre et regarder le match chez soi. « Surtout ne pas prendre la voiture, c’est dangereux ! On appelle cela l’ivresse du sommeil. Ou alors, aller chez des amis, pas trop loin de chez vous, après avoir pris une bonne douche. Mais le mieux, pour être plus ou moins en forme le lendemain, c’est de rester tranquillement chez vous, sans alcool, sans café et sans trop de lumière. »

Et la somnologue de conclure avec une belle comparaison. « Nous avons toutes et tous déjà passé des nuits presque blanches à cause d’un enfant malade, d’une tristesse,… Et le lendemain, on est complètement à plat. Mais quand il s’agit de mal dormir pour des raisons plus positives, comme une victoire des Diables, on récupère beaucoup plus vite et on se sent moins fatigué ! »

Pour se résumer :

  1. Ne pas regarder… Le mieux (mais on le sait complètement irréaliste pour un supporter) serait d’enregistrer le match, se couper du monde et de regarder tranquillement le match après son petit-déjeuner…
  2. Si on ne peut pas faire autrement : il est préférable de dormir avant le match, en allant se coucher à l’heure habituelle, puis de se réveiller pour le regarder, plutôt que de rester éveillé toute la nuit.
  3. Les premières heures de sommeil contiennent la plus grande proportion de sommeil profond, celui qui est le plus réparateur pour le cerveau et l’organisme. En dormant de 23 heures à 1 h 45, on préserve cette phase essentielle.
  4. Entre environ 3 heures et 5 heures, l’organisme traverse son « creux circadien » : la température corporelle est basse, la vigilance diminue fortement et le cerveau est programmé pour dormir. C’est la période où les erreurs et les risques de somnolence sont les plus élevés. Ne surtout pas conduire. Ni boire.
  5. Se réveiller à 2 heures du matin interrompt le sommeil, ce qui n’est pas idéal, mais on aura déjà bénéficié de plusieurs cycles de sommeil et d’une partie du sommeil profond. C’est souvent moins pénalisant que de supprimer toute la première partie de la nuit.
  6. La grasse matinée aide partiellement, mais elle ne « rattrape » pas complètement une nuit perturbée. Elle permet de réduire la dette de sommeil, sans pour autant effacer tous les effets d’un coucher très tardif ou d’un réveil nocturne.
  7. Enfin, si le lendemain est une journée de travail ou nécessite de conduire, il faut rappeler que même une seule nuit écourtée réduit la vigilance, les capacités d’attention et le temps de réaction. Pour les personnes ayant une activité à risque, regarder un match en pleine nuit n’est donc pas anodin.