Présentés cette semaine par des chercheurs de Singapour et du Japon, des cafards-cyborgs amphibies pourraient aider les secouristes à retrouver des survivants après des catastrophes.
Ils pourraient bientôt s’inviter aux côtés des équipes de secours. Des chercheurs de la Nanyang Technological University (NTU) de Singapour et de l’université Waseda, au Japon, ont mis au point des cafards-cyborgs capables de se déplacer aussi bien sur terre que sous l’eau. Une avancée qui pourrait faciliter les recherches après un séisme ou une catastrophe naturelle, comme au Venezuela il y a peu.
Le principe est simple : utiliser les capacités naturelles des insectes plutôt que de miser uniquement sur des robots. Dans les gravats, les canalisations ou les espaces les plus étroits, ces cafards peuvent se faufiler là où les machines peinent encore à accéder.
Pour cela, les chercheurs ont choisi des blattes de Madagascar, aussi appelées cafards siffleurs. Longs de près de 7 cm, ils ont été équipés d’une petite «combinaison de plongée» imprimée en 3D. Décrit dans la revue Nature Communications, ce dispositif recouvre leur abdomen et produit de l’oxygène à partir de dioxyde de manganèse et d’une faible quantité de peroxyde d’hydrogène.
Équipés de ce système, les cafards peuvent évoluer sous l’eau ou dans des environnements pauvres en oxygène pendant près de trois heures. De quoi atteindre des zones jusqu’ici quasiment impossibles à explorer.
Déjà utilisés après des séismes
En réalité, ces insectes-cyborgs ne sont pas nouveaux. Depuis plusieurs années, les chercheurs savent les diriger à distance grâce à de faibles impulsions électriques. Les cafards utilisent alors leurs propres muscles pour se déplacer, ce qui consomme beaucoup moins d’énergie qu’un robot classique.
Ils ont d’ailleurs déjà été déployés lors d’opérations de recherche. En mars dernier, après le séisme de magnitude 7,7 qui a frappé le Myanmar, plusieurs d’entre eux ont été utilisés pour explorer les décombres. Grâce à leur petite taille, ils peuvent transporter de minuscules capteurs capables de détecter la présence de victimes et de guider les secouristes.
L’année dernière, les chercheurs étaient également parvenus à piloter simultanément une vingtaine de ces insectes. Contrôlés par ordinateur, ils étaient capables de converger vers une même zone afin de l’explorer de manière coordonnée.
Jusqu’à présent, l’eau et le manque d’oxygène restaient toutefois leurs principales limites. «C’est un point crucial, car les sites de catastrophe peuvent présenter des conditions difficiles après de fortes pluies ou des inondations, qui bloquent les voies d’accès au milieu des décombres, des canalisations et des espaces étroits», explique Hirotaka Sato, professeur à l’École de génie mécanique et aérospatial de NTU Singapore et principal auteur de l’étude. Selon lui, cette évolution pourrait améliorer les opérations de recherche dans les situations les plus difficiles.
D’autres missions à l’avenir ?
Au-delà des catastrophes, les chercheurs voient déjà d’autres applications. Ces cafards amphibies pourraient inspecter des canalisations, des réseaux souterrains ou d’autres infrastructures difficiles d’accès.
À plus long terme, certains imaginent même les utiliser lors de futures missions d’exploration sur Mars.
Les scientifiques assurent enfin que les dispositifs peuvent être installés puis retirés sans blesser les insectes.
Selon eux, tous les essais ont été réalisés dans le respect des protocoles de recherche et aucun cafard n’a été blessé au cours des expérimentations.