Né le 16 mai 1951 à Arles, dans le quartier populaire de Trinquetaille, Christian Lacroix n’a jamais vraiment quitté sa ville natale. Même si Paris l’a fait connaître, c’est à Arles que bat son cœur créatif. Historien de l’art de formation, grand couturier de métier, costumier de génie et scénographe inspiré, l’artiste entretient avec la cité provençale un lien viscéral, intime, presque charnel. Trois lieux emblématiques -les Arènes et leur Goyesque, le Museon Arlaten et le musée Réattu- incarnent aujourd’hui cet attachement indéfectible.
Tout commence par un adolescent qui sèche les cours pour rêver devant les toiles du musée Réattu. Dans ce palais Renaissance du XVIe siècle, face aux œuvres de Jacques Réattu et surtout aux Picasso légués à la ville, le jeune Christian invente déjà des costumes dans sa tête. « J’y venais une fois par semaine, raconte-t-il, pour me nourrir de cette lumière et de ces formes. » En 2008, le musée lui donne carte blanche : il transforme les salles en « grand studio vivant », mélangeant ses propres dessins, costumes de scène, silhouettes théâtrales et pièces de la collection. Une exposition autobiographique poétique et onirique qui marque les esprits. Et l’histoire continue : cet été 2026, le musée Réattu présente « Christian Lacroix, le Dessinateur », une exposition inédite (du 4 juillet au 4 octobre) qui révèle enfin le cœur de son œuvre : des centaines de dessins originaux, matrice de toutes ses créations couture, théâtre et opéra.
La Goyesque
Mais l’attachement le plus spectaculaire et populaire de Christian Lacroix à Arles porte un nom : la Goyesque. Chaque année, aux Arènes, la corrida hommage à Goya devient un moment de fête et d’art total. Le couturier en signe les costumes depuis des décennies. Il imagine les « traje de luces » (habits de lumière) brodés d’or et de couleurs vibrantes, les capes de paseo, les épaulettes inspirées des gravures du maître espagnol. « Comme Picasso ou Cocteau avant lui, il est fasciné par ces costumes qui transforment l’homme en torero de légende », soulignent les organisateurs des Arènes. Sur la piste, au centre, une immense cape de paseo signée Lacroix, et sur le pourtour des dessins d’épaulettes : la tauromachie arlésienne devient haute couture. Un lien viscéral entre la tradition camarguaise et l’extravagance baroque du couturier.
« Le musée raconte l’âme de ma Provence natale sans la figer. »
Le troisième pilier de cet ancrage arlésien s’appelle le Museon Arlaten. Ce musée ethnographique fondé par Frédéric Mistral en 1899, dédié au folklore provençal, a rouvert ses portes après une rénovation majeure grâce à la touche magique de Christian Lacroix. Nommé scénographe et directeur artistique du projet, il a entièrement repensé la muséographie : escalier monumental en verre multi-niveaux, vitrines poétiques, parcours immersif qui marie tradition et modernité. Costumes arlésiens, objets populaires, santons, meubles provençaux… tout est mis en scène comme dans un grand théâtre de la mémoire. « J’ai voulu que le musée raconte l’âme de ma Provence natale sans la figer », explique-t-il. Le résultat ? Un musée vivant, joyeux, coloré, exactement comme l’univers de Lacroix. Le Museon Arlaten est aujourd’hui l’un des plus visités de Provence, et l’un des plus beaux hommages rendus par un enfant du pays à son patrimoine.
Costumier star pour l’opéra
Derrière ces trois projets phares se cache un parcours hors norme. Après des études d’histoire de l’art à Montpellier et à l’École du Louvre, Christian Lacroix entre à la Chambre Syndicale de la Haute Couture. Il passe par Hermès, puis relance Jean Patou avec des collections explosives (1981-1987). En 1987, il crée sa propre maison, soutenue par LVMH : robes à paniers, couleurs folles, références historiques et théâtrales. Le succès est mondial. La Princesse Diana, Madonna, les plus grandes stars s’habillent en Lacroix. La crise de 2009 met fin à la haute couture, mais pas à la création : il devient costumier star pour l’opéra (Marseille, Paris, New York), le ballet, le théâtre, le cinéma. Il signe aussi des uniformes (Air France, SNCF), des décors, des collections capsules. Et surtout, il ne cesse de dessiner : des carnets remplis de croquis qui restent la source vive de tout son travail.
Arles, pour Christian Lacroix, n’est pas un simple souvenir d’enfance. C’est une source inépuisable. La lumière de la Crau, les costumes de la feria, l’esprit mistralien du Museon, les Picasso du Réattu : tout nourrit son imaginaire. À 74 ans, il reste l’ambassadeur le plus flamboyant de sa ville natale. Entre tradition provençale et extravagance parisienne, il incarne ce que l’on appelle « l’esprit arlésien » : libre, coloré, profondément ancré et résolument tourné vers l’avenir.
Cet été 2026, ne manquez pas l’exposition « Christian Lacroix, le Dessinateur » au musée Réattu : l’occasion unique de découvrir le dessinateur derrière le couturier, et l’enfant d’Arles derrière le génie international.
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