Nancy – Besoin de citoyennes qui font du bruit
Il y a là Sophie Conrad, qui connaît déjà bien Coraline Hingray, pour avoir été elle-même victime d’un trauma. Elle est accompagnée de sa fille Pénélope, 16 ans.
Gaëlle Arnould, 38 ans, travaille dans l’immobilier et Geneviève Grison est bénévole à SOS Amitié.
C’est justement en amies que les deux Malzévilloises de 44 ans, Laurence Martin et Caroline Bensaï, ont fait le déplacement. Quant à Thi Ha Dumas, 19 ans, elle est étudiante en psychologie. Que des femmes, donc, pour qui les 75 minutes d’entretien avec la psychiatre, au siège de L’Est Républicain ont passé beaucoup trop vite. Les questions ont fusé, partageant souvent l’effarement.
« Plus de 88 000 plaintes dans les tribunaux actuellement pour agressions sexuelles à l’encontre d’enfants ! Mais vous vous rendez compte ??? », s’affole Geneviève Grison. « Comment pourrait-on enfin neutraliser cette violence-là des hommes ? »
Le chiffre l’atterre, mais ne la surprend qu’à moitié. Engagée à SOS Amitié, la retraitée a entendu souvent tomber la confession de ces anonymes en souffrance : « Ah, et puis faut que je vous dise : j’ai été violé quand j’étais petit… »
« Ça nous questionne, énormément, renchérit Gaëlle Arnould. Alors, quand on a dans notre région une pointure dans le domaine, ça mérite qu’on lui accorde notre attention. » Et un mot lui vient en bouche à l’issue de la rencontre : « paradoxe ». « Parce qu’il est saisissant de voir avec quel calme et quelle clairvoyance cette spécialiste évoque ces sujets qui, par ailleurs, sont traités à grand bruit quand les médias s’en emparent. » Le procès Pelicot ou le cas Lyhanna en sont des exemples criants.
Mais le « bruit » n’est pas forcément contre-indiqué en la matière. « Dans cette culture du patriarcat, on a aussi besoin de citoyennes qui font du bruit », souligne même Coraline Hingray, reprenant les dires d’une personnalité politique de ses connaissances.
Sophie Conrad partage probablement son avis. C’est d’ailleurs lors d’une conférence publique sur le thème des agressions sexuelles et des traumas qu’elle avait fait la connaissance de Coraline.
Sophie, mère de deux jeunes filles, a elle-même été victime d’une agression sous emprise chimique en 2022. Elle connaissait son agresseur (son ex-beau-frère), a porté plainte et il y a eu procès. « Oh bien sûr, l’agression, c’est très dur, témoigne la quadragénaire. Dur aussi, le processus judiciaire. Mais on peut s’en sortir. C’est ce que j’aime du discours de Coraline : on peut être victime sans l’être à vie. Plus tôt est traité le trauma, et moins il laisse de traces. »
À ses côtés, sa fille Pénélope est tout ouïe. À l’époque des faits, elle avait 12 ans et s’est « pris le choc de la réalité en pleine face ». Puis a vu ensuite « avec admiration » sa mère batailler pour s’en sortir.
De quoi en tirer espoir ? C’est encore un peu trop vite dit pour l’adolescente. « Il va encore me falloir un peu de temps pour réapprendre à faire confiance dans le genre masculin. Même parmi nos proches. »
L.G.