« Bonjour à tous et bienvenue sur la radio EMA. » Telles sont les premières paroles de l’émission du jour lancée par Mikhaële Elfassy, directrice de la radio. Autour d’elle, deux adolescents hospitalisés au Relais Serena et Gaël, éducateur spécialisé. Pendant une quarantaine de minutes, ils échangent dans une ambiance chaleureuse. Pour les enfants animateurs, tous en pédopsychiatrie en hôpital ou dans des relais, cette webradio est l’occasion de se soigner par la culture.
Un espace d’expression
Autour de la table, 4 micros sont disposés dans le studio rouge décoré de canards et de souvenirs. En face, Mikhaële, en régie, questionne les adolescents et rebondit sur leurs réflexions. Sous la forme d’un talk-show, l’émission lance des débats. Pensée dès sa création en 2012 comme un lieu de respect et de bienveillance, la radio permet aux adolescents de parler de manière libérée. « C’est un espace valorisant de libre expression », remarque Gaël, qui se prête aussi à l’exercice.
Dans les émissions, pas de censure. Ce n’est qu’avant la diffusion que Mikhaële coupe des passages pour enlever ce que ne souhaitent pas partager les adolescents. Cette liberté d’expression, ces derniers se l’approprient et la revendiquent : « Ça fait du bien d’être à l’aise, de pouvoir parler librement. » Dans un environnement souvent pesant, ce moment de légèreté est important pour les jeunes.
Des vertus thérapeutiques
Pourtant, la radio EMA n’est pas un choix des adolescents. Les jeunes participent sur prescription de « soins culturels ». Mais aucun ne rechigne, bien au contraire selon la responsable de la radio : « Le fait de sortir de son lieu de soin, symboliquement, c’est très fort. » Seul endroit en France à proposer les soins culturels sous cette forme, la radio permet aux jeunes de se prendre en main et de s’ouvrir. Dans ce cas, « la culture devient levier de soin et leur permet de sortir de leur pathologie », explique Mikhaële, qui ne souhaite pas savoir de quoi précisément souffrent les jeunes, pour garder le naturel.
Dans le studio, seul le soignant connaît la condition médicale des jeunes. Son rôle : relayer le comportement de l’adolescent à la radio et être présent en cas de besoin. Le dispositif est donc réfléchi de manière à allier soins culturels et médicaux à travers une boucle thérapeutique, de la réalisation de l’émission à l’écoute de celle-ci.
Pour les trois à six jeunes que la radio accueille généralement, la radio sert aussi de relais social lors de périodes compliquées. Des amitiés naissent dans le studio qui devient une vraie « safe place« . Un adolescent sourit : « Radio EMA c’est la famille. » Redonner un souffle de vie aux adolescents par l’étincelle de la radio, tel est le but de Mikhaële. « Je veux leur montrer que leur vie vaut le coup d’être vécue. » Un objectif réussi puisque cette journée est « la journée qu’ils attendent », comme le souffle la directrice.
Une radio professionnalisante
Débat sur les thèmes de l’émission, choix des musiques, interviews, les jeunes sont impliqués dans tout le processus éditorial de l’émission. En parallèle, Mikhaële leur ouvre aussi les portes d’autres milieux culturels comme le doublage et la musique. Selon Gaël, cette multitude d’expériences permet aux adolescents de se professionnaliser au fil des émissions. « On ne joue pas à faire de la radio. On fait de la radio », nuance-t-il.
Au-delà de cela, la radio aide aussi les jeunes à prendre confiance en eux et s’exprimer plus facilement. « La radio m’a beaucoup aidé pour l’oral du brevet », glisse un adolescent. Les adultes sont régulièrement impressionnés par la révélation de certains jeunes à la radio. Mikhaële se remémore notamment un garçon mutique que l’antenne a métamorphosé. Elle conclut : « La radio est un médium incroyable qui favorise la parole. »