« La cène », grand tableau de Roger Edgar Gillet (1924-2004), inspiré de celui de Léonard de Vinci, exposé à Milan, occupe un mur du musée des Beaux-Arts de Rennes. Les organisateurs l’ont spécialement fait venir de New York. Comme quoi le musée rennais, en partenariat avec le musée Estrine de Saint-Rémy-de-Provence (Bouches-du-Rhône), n’a pas lésiné au moment de rendre hommage à la carrière d’un peintre qui a côtoyé les plus grands, comme Pollock, Dubuffet ou encore Soulages, sans jamais atteindre leur notoriété.

« Pierre Soulages a, tout au long de sa carrière, exploité le thème de l’outrenoir, explique Claire Lignereux, commissaire de l’exposition rennaise. Gillet, lui, a pu dérouter par son côté versatile, passant de l’abstraction à la figuration. À 70 ans, il peignait des personnages, à une époque où l’art minimaliste, conceptuel, les performances vidéo étaient en vogue. »

photo « la cène », de roger edgar gillet : la toile a été spécialement importée de new york pour l’exposition rennaise.  ©  ouest-france

« La cène », de Roger Edgar Gillet : la toile a été spécialement importée de New York pour l’exposition rennaise. Ouest-France

À contre-courant, le Parisien Roger Edgar Gillet, qui a fini sa vie à Saint-Suliac (Ille-et-Vilaine), a promené un regard malicieux, parfois dérangeant sur la société. D’où, le sous-titre de la rétrospective – « la grande dérision » – qui lui est consacrée.

Ses références aux grands maîtres de la peinture, de Goya à Delacroix en passant par Ingres et Monet, sont multiples. « Gillet s’inspire aussi bien de l’actualité, vue à la télé, que de l’histoire de l’art ». L’artiste, loin de plagier, revisite complètement les œuvres auxquelles il fait référence. Ses personnages difformes, aux yeux globuleux témoignent d’une humanité aussi absurde qu’inquiétante. Gillet a consacré la fin de sa vie aux tempêtes sur le littoral breton. Son pinceau évoque une nature déchaînée sous un angle presque abstrait.

photo une tempête sur le littoral breton, vue par roger edgar gillet.  ©  ouest-france

Une tempête sur le littoral breton, vue par Roger Edgar Gillet. Ouest-France

Musée des Beaux-Arts, quai Zola à Rennes, jusqu’au 20 septembre 2026. Du mardi au dimanche, de 10 h à 18 h. Tarifs : 5 €, 3 €, gratuit pour les moins de 26 ans. L’exposition se prolonge dans le quartier de Maurepas.