Les Alliés de l’OTAN ont pris il y a un an, à La Haye, l’engagement de dépenser des centaines de milliards d’euros pour leur défense. Cette année, au sommet d’Ankara, ils sont confrontés à un autre défi : amener l’industrie à produire suffisamment d’armes.
Les pays européens de l’OTAN et le Canada ont dépensé l’an dernier 90 milliards d’euros de plus que l’année précédente pour leur défense. Il s’agit là « d’énormes quantités d’argent », a souligné récemment le secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte.
« Mais vous ne pouvez pas arrêter un missile ou un char avec 1 dollar ou 1 euro, nous devons transformer cet argent en capacités de combat opérationnelles, et vite », a-t-il ajouté.
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Or, les guerres en Ukraine, et en Iran, ont révélé les difficultés des industries de défense, des deux côtés de l’Atlantique, à produire vite et en masse.
Et, avec le risque d’un désengagement américain sur leur continent, les Européens veulent monter en puissance. Mais ils peinent à combler leur retard face aux États-Unis dans certains secteurs stratégiques comme le renseignement depuis l’espace, l’intelligence artificielle ou les avions de ravitaillement en vol.
En Europe, l’industrie de défense reste encore une « industrie de temps de paix », soulignait mi-juin le commissaire européen à la Défense Andrius Kubilius, lors du salon mondial de défense Eurosatory, près de Paris.
« Beaucoup d’industriels investissent dans une capacité de production qui est significativement supérieure », a toutefois assuré dans un entretien avec l’AFP Camille Grand, secrétaire général de l’Association européenne des industries de défense (ASD).
« Est-ce que ça veut dire qu’on est exactement où on devrait être ? Probablement pas », a-t-il toutefois reconnu.
Souveraineté nationale
Et cela pour plusieurs raisons.
La première tient à la nature même de l’industrie de défense, très liée à des enjeux de souveraineté nationale, qui en fait un secteur à part.
« Dans l’Union européenne, nous avons 27 marchés de la défense, régis par 27 ensembles de règles », résume Kubilius. « Cette fragmentation coûte de l’argent, » et empêche les PME, pourtant clés dans l’innovation, de prospérer, regrette-t-il.
Les grandes entreprises du secteur ne sont pas incitées à investir, car elles se savent privilégiées sur le plan national, explique à l’AFP Guntram Wolff, expert de l’économie de défense auprès de l’Institut Bruegel à Bruxelles. Avec pour résultat une fâcheuse tendance à monter les prix.
La solution consiste à créer un « marché unique de la défense », préconise le commissaire Kubilius.
Les industriels européens restent très réservés.
« Nous en avons discuté tous ensemble au sein de notre association, l’ASD, et nous sommes parvenus à la conclusion commune que le marché de la défense ne peut pas vraiment être qualifié de marché unique », a ainsi reconnu le vice-président pour les Affaires européennes du groupe français Dassault, Yves-Marie Gourlin.
Simplifier les règles
« Les achats allemands destinés aux entreprises nationales, sont passés d’environ 30 % en 2020-2021 à 60% aujourd’hui, en 2025-2026 », relève ainsi Guntram Wolff. L’Allemagne vient d’ailleurs d’annuler un contrat de frégates auprès d’une entreprise néerlandaise pour le confier, en version plus modeste, à une entreprise allemande.
Les industriels préfèrent évoquer la nécessaire simplification des règles.
« Quand on veut aujourd’hui créer une usine d’armement, […] ça prend parfois deux ans pour passer de la décision au lancement effectif des travaux », a ainsi déploré Grand.
L’autre grand problème, c’est le manque de flexibilité, la difficulté d’adapter des chaînes de production.
On fait de « la haute couture » quand il faut faire du « prêt-à-porter » de masse, comme l’a fait l’Ukraine, résume Andrius Kubilius.
« Les Russes ont produit l’année dernière 2 000 missiles balistiques et de croisière. Nous ne produisons que 250 missiles de croisière, aucun missile balistique. Les Ukrainiens ont commencé à en produire l’année dernière, et cette année ils en produiront 700, parce qu’ils les fabriquent de manière suffisamment efficace », a expliqué le commissaire européen.
De plus en plus d’entreprises européennes nouent des partenariats avec leurs homologues ukrainiennes afin de tirer parti de cette expertise, notamment dans le secteur des drones.
« C’est un modèle qui doit nous inspirer par sa capacité à innover et à produire rapidement à des coûts raisonnables », résume Camille Grand.