Un tandem à la ville, qui se prolonge désormais sur scène. À compter de ce lundi 6 juillet, Muriel Mayette-Holtz joue L’héritier de village de Marivaux, dans le cadre des Contes d’apéro, une programmation estivale gratuite et en plein air organisée avec le Théâtre National de Nice. Dans le reste de la troupe, figure aussi Gérard Holtz, son mari depuis 13 ans. Auprès de Gala.fr, la comédienne et metteuse en scène évoque leur collaboration artistique, et de façon plus générale, le couple qu’elle forme avec l’ancien journaliste sportif.

Gala.fr : À partir du 6 juillet, vous reprenez L’Héritier de village  de Marivaux, en ouverture des «Contes d’apéro» à Nice. Pouvez-vous nous en dire plus sur cet événement ? 
Muriel Mayette-Holtz : C’est une programmation que nous avons mise en place chaque été depuis mon arrivée à Nice. Nous jouons en plein air, gratuitement. Depuis que je suis là, nous montons chaque saison une pièce de Marivaux en un acte : nous la présentons d’abord dans le cadre des «Contes d’apéro». À partir du mois d’août, nous partons dans les villages de la métropole pour la jouer gratuitement le soir.


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Comment est née cette idée de jouer une pièce de Marivaux chaque année ?  
Ce projet est d’abord né d’une contrainte. Quand je suis arrivée à Nice, les théâtres ont fermé à cause du Covid. J’ai enchaîné toutes les difficultés possibles. Mais des difficultés et des contraintes, naissent souvent un bon imaginaire, car elles nous obligent à nous réinventer. À Nice, nous avons la chance d’avoir un climat qui permet de jouer en plein air, donc nous avons multiplié les propositions hors les murs. Ce projet autour de Marivaux a tellement plu dès la première saison que nous avons décidé de le reconduire chaque année. Les villes changent, elles sont choisies par la métropole, même si certaines tiennent à nous revoir et remettent des moyens pour que nous revenions.

Sur scène, vous évoluez au côté de votre mari, Gérard Holtz. Parlez-nous de votre collaboration artistique…  
Gérard a fait du théâtre avant de me connaître, c’est une passion réelle chez lui, qu’il a aussi pratiquée sur le Tour de France. Quand nous nous sommes rencontrés, je dirigeais la Comédie-Française, puis je suis partie à la Villa Médicis. Il n’y avait pas vraiment d’espace pour que nous travaillions ensemble. À la Villa Médicis, j’ai mis en scène Le Jeu de l’amour et du hasard grâce au mécénat. Gérard faisait partie de cette distribution. Plus tard, quand il a fallu proposer des spectacles gratuits en plein air pour enchanter le public qui était privé de théâtre pendant les mois de fermeture, ce projet Marivaux nous a permis de retrouver la joie d’être ensemble sur scène. Cela permettait aussi d’avoir des distributions plus abordables, car ce sont de grosses distributions et quand on fait du gratuit, il faut maîtriser le budget. Je fais ces spectacles avec ma troupe permanente, et Gérard s’est ajouté à la distribution, avec un cachet de débutant.

Et vous, d’où est née votre passion pour le jeu ?  
J’ai toujours voulu faire ce métier. Avec mes frères, nous montions des spectacles pour Noël : du théâtre, des tours de magie, des sketchs, des scènes… Je les obligeais un peu à faire tout cela avec moi. Mes parents ont eu la générosité et l’intelligence de me laisser faire. J’ai quitté le lycée à 16 ans pour entrer à la rue Blanche, puis au Conservatoire. Ils m’ont accompagnée, fait confiance. C’est une chance immense. La passion a pris tout de ma vie. Comme souvent avec les passions, ce n’est pas moi qui l’ai choisie, je crois que je n’aurais jamais fait autre chose.

Vous avez évolué au sein d’institutions prestigieuses : la Comédie-Française, la Villa Médicis, aujourd’hui le Théâtre national de Nice. Quelle est votre plus grande fierté en regardant votre parcours ?  
Je travaille dans le présent, donc c’est compliqué de me pencher sur mon passé. Il y a une chose qui m’a fait extrêmement plaisir dernièrement à l’Académie des Beaux-Arts. Grâce à la complicité du secrétaire perpétuel, Laurent Petitgirard, nous venons d’ouvrir une section « mise en scène ». Quand je suis entrée à l’Académie, je l’ai fait dans la section des membres libres, dans le fauteuil de Maurice Béjart. Je trouvais que le théâtre n’était pas assez reconnu officiellement. La création de cette section « mise en scène » est merveilleuse, pas tant pour moi, mais pour le théâtre lui-même. Je mesure la chance que j’ai de faire mon métier, parce que c’est très difficile d’en vivre.

Travailler avec son conjoint, c’est à la fois une chance et un défi. Comment se passe votre dialogue de travail au quotidien ? 
Je répète avec lui comme avec n’importe quel autre partenaire. On ne se rend pas toujours compte à quel point, au théâtre, il y a une grande proximité entre les acteurs. On joue « pour de faux », mais on y croit « pour de vrai ». Il y a une forme d’intimité que l’on décrit souvent comme une famille. J’ai une troupe permanente, donc une intimité forte existe déjà entre nous. Avec mon mari, elle est d’autant plus grande, mais cela nous donne surtout envie de nous dépasser. Nous restons très sérieux au travail. Et puis, sa grande qualité, c’est qu’il a cinq ans quand il est sur un plateau. Son plaisir de jouer est tel que c’est merveilleux à guider.

Muriel Mayette-Holtz et son mari Gérard réunis sur scène.
Léa Saboun – TNN


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À quoi ressemble votre vie de couple en dehors des planches ? 
Nous sommes très mobiles. Gérard écrit, il est souvent à Paris. Pour ma part, je siège à l’Académie des Beaux-Arts. La maison est un peu notre point de ralliement. J’adore faire à manger, donc il y a souvent du monde chez nous, nous sommes très accueillants. Et en même temps, nous avons besoin de moments à deux, pour nous retrouver dans notre bulle. Et maintenant, nous avons des chats, donc nous sommes devenues la caricature des gens de Nice (Rires).

Hormis le théâtre, quels autres centres d’intérêt partagez-vous ? 
Il m’a initiée à beaucoup de sports : nous nous sommes mis au golf ensemble, nous avons passé notre permis bateau. Nous faisons beaucoup de choses ensemble parce que nous sommes très curieux tous les deux. Nous rêvons d’avoir plus de temps pour mener encore davantage de projets. Nous chantons aussi ensemble, nous faisons des cabarets dans le sud. On peut dire que nous nous amusons beaucoup. Dès qu’il s’agit de jouer – que ce soit dans le sport ou dans la vie – nous sommes très forts pour conserver de la joie.

Comment décririez-vous votre couple avec Gérard, auquel vous êtes mariée depuis 13 ans ? 
Je dirais que Gérard m’a appris le bonheur. Notre couple est vivant et joyeux. Et puis, mon mari a toutes les qualités, c’est merveilleux !

Vous avez 17 ans d’écart. La différence d’âge a-t-elle été un sujet, à un moment donné, dans votre couple ? 
Jamais. C’est l’une des premières choses qu’il m’a dites, mais ça n’a jamais été un sujet entre nous. J’ai conscience qu’il y aura une fin, parce que nous vieillissons tous les deux, je rêve que nous partions un jour ensemble. Gérard a souvent failli passer de l’autre côté dans son histoire. Nous avons en commun une forte conscience de l’importance des minutes qui passent, et c’est cela qui nous donne cette joie de vivre. Notre différence d’âge n’a jamais compté, elle ne compte toujours pas, parce qu’on s’aime tellement qu’on admet qu’on vieillit. Et le théâtre nous permet aussi de garder un lien avec l’enfance.