Ce mercredi 8 juillet 2026 marquera les trois ans de la disparition inexpliquée d’Émile Soleil. La veille, les grands-parents de l’enfant devront supporter un procès dans lequel, cette fois-ci, ils sont considérés comme des victimes à part entière. L’homme qui a mis le feu à leur maison du Vernet en mai dernier est jugé au tribunal correctionnel de Digne-les-Bains ce mardi à 14h00.
Elle ne sait pas encore si elle sera présente. Comme son mari, elle en a très envie. Mais son entourage lui déconseille. Anne Vedovini, la grand-mère d’Émile, aimerait le voir lui, l’incendiaire du Haut-Vernet. Juste pour le reconnaître, au cas où l’individu souhaiterait repasser à l’acte une fois sa peine purgée.
Roland W., Marseillais de 78 ans, est en détention provisoire à la maison d’arrêt de Digne-les-Bains depuis le 18 mai dernier. L’homme, sans antécédent judiciaire ni psychiatrique, est soupçonné d’avoir incendié volontairement la résidence secondaire des grands-parents d’Émile, celle du Vernet (Alpes-de-Haute-Provence), là où l’enfant s’est mystérieusement volatilisé le 8 juillet 2023.
Il est jugé ce mardi 7 juillet à 14h au tribunal correctionnel de Digne-les-Bains. Auprès de la population locale et quelques heures avant son méfait, l’individu s’était fait passer pour un journaliste néerlandais intéressé par l’affaire Émile, énigme dramatique qui secoue le petit village montagnard depuis trois ans.
Ce 15 mai, Roland W. attend la nuit pour se déplacer au hameau du Haut-Vernet. Grâce aux précisions données peu avant par des villageois trop bavards, il localise la maison du couple Vedovini et allume le feu en cinq points différents. Un jeune voisin rentre de son travail au même moment et prévient les secours. Hasard total, il s’agit de Tom A., présenté dans l’affaire Émile comme étant le premier témoin oculaire à avoir vu le petit garçon descendre la ruelle menant au lavoir. «Heureusement qu’il était là, sinon, toutes les maisons s’embrasaient», salue aujourd’hui Gilles Thézan, le maire du Vernet.
Rapidement interpellé et placé en garde à vue, l’incendiaire a refusé de reconnaître les faits. Avant d’assumer sa responsabilité devant la juge des libertés et de la détention. «Il est obnubilé par l’affaire Émile. Il est persuadé que les grands-parents sont responsables de la mort de l’enfant et prétexte vouloir aider la justice et les enquêteurs en condamnant ceux qu’ils pensent coupables», détaille une source judiciaire proche de l’enquête.
«Quelle sera la prochaine attaque ?»
Depuis son placement en détention provisoire, Roland W., ne semble pas avoir pris conscience de la portée de ses actes. Dans un courrier adressé à sa fille, et dont l’institution judiciaire a pu prendre connaissance, l’individu campe sur ses positions, ce qui laisse craindre le pire au couple Vedovini. «On se demande quelle sera la prochaine étape, la prochaine attaque», soupire la grand-mère d’Émile.
Ces dernières semaines, elle a multiplié les allers et retours au Haut-Vernet. Constatation, inventaire, expertises et contre-expertise, la mère de famille est plongée dans la paperasse, les mails et les tableaux Excel pour tenter de faire rénover sa résidence secondaire au plus vite. Les travaux et la décontamination sont chiffrés à plus de 70.000 €. Aujourd’hui, la maison est de nouveau habitable. Elle le sera cet été puisque la famille Vedovini a envie de retrouver ses habitudes estivales au Haut-Vernet. Mais la souffrance est là.
«Toutes ces affaires, à commencer par la disparition d’Émile et tout ce qui a suivi judiciairement, jusqu’à en arriver à l’incendie de notre maison, nous y laissons notre santé», déplore Anne Vedovini. Elle poursuit : «Il y a la gestion des émotions, la gestion de tout ce qu’il y a à gérer matériellement, les heures passées à ne pas être avec nos derniers enfants encore jeunes et le stress que tout cela engendre.»
Comportement suspect et appel au meurtre
Le stress, justement, ne quitte plus cette famille marquée par la surmédiatisation de leur situation. Le moindre comportement inhabituel leur paraît suspect. Ce fut le cas le dimanche 7 juin dernier, lorsqu’un homme, inconnu des Vedovini, s’est rendu à la chapelle des Pénitents Gris d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), lieu de culte fréquenté assidûment par la famille d’Émile. Avant et après l’office religieux, l’individu s’est renseigné auprès de plusieurs fidèles pour tenter d’identifier le couple Vedovini.
«Que voulait-il à Anne et Philippe ? Nous craignions que cet homme soit encore un dingue qui souhaitait faire justice», s’agace une proche des grands-parents. Risque avéré ou crainte exagérée ? Anne Vedovini a pris le sujet au sérieux et a effectué un signalement en gendarmerie de Roquevaire. Elle en a profité pour signaler aussi les nouvelles menaces et même ces appels au meurtre qui fleurissent sur les réseaux sociaux depuis l’incendie du Haut-Vernet.
La famille est-elle toujours suspecte ?
«Mon client est sorti meurtri et très abîmé par la perte d’Émile. L’annonce de sa mort a été un second choc, la garde à vue familiale fut un tsunami. Il a dû faire face aux critiques, aux menaces, aux insultes. L’incendie du Vernet est tout simplement la preuve qu’une menace anonyme d’un lâche caché derrière son écran peut devenir réalité. Un autre justicier sera-t-il capable de faire pire ?», se demande maître Isabelle Colombani, l’avocate de Philippe Vedovini.
En fonction des décisions judiciaires rendues à l’issue du procès du 7 juillet, l’avocate ne s’interdit pas de déposer officiellement une demande de protection de son client auprès de la juge d’instruction en charge de l’affaire Émile. Magistrate dont les grands-parents de l’enfant attendent une clarification rapidement : sont-ils, oui ou non, encore suspects ?
«Au-delà de leur gravité, les faits examinés le 7 juillet soulèvent plus largement la question de la sécurité de ma cliente et des membres de sa famille. La suspicion dont ils sont publiquement l’objet, en dépit d’investigations qui n’ont jamais justifié leur mise en cause, pourrait être à l’origine de nouveaux passages à l’acte. Il est donc plus que jamais nécessaire, près de trois années après la disparition du petit Émile, que leur soit définitivement reconnue la seule qualité de victimes dans le cadre de cette procédure», appuie maître Julien Pinelli, avocat d’Anne Vedovini.
Contacté, le parquet d’Aix-en-Provence n’a souhaité faire aucun commentaire sur l’enquête. Pas plus que la section de recherches de Marseille, qui poursuit ses investigations depuis trois ans. Si des auditions sont encore menées ponctuellement, les enquêteurs attendent aussi les résultats complets des comparaisons ADN. L’hiver dernier, une centaine d’ADN ont été prélevés au Vernet et en dehors du village afin d’être comparés aux traces retrouvées sur des courriers et, potentiellement, à celles découvertes sur les restes d’Émile.
«Ces ADN ont été envoyés par salves en laboratoire. C’est pour cela que ça met du temps. Il faut garder à l’esprit que le temps judiciaire est beaucoup plus long que le temps médiatique. Surtout dans un dossier aussi complexe», conclut une source au cœur de l’enquête.