Lorsqu’il frappe à la porte, dans un immeuble du 7e arrondissement de Marseille, le 1er juillet 2026, Chiheb cherche un certain « Daniel ». Mais l’homme qui lui ouvre s’appelle Patrick, et il ne connaît aucun Daniel dans les parages. Affable, l’habitant de 69 ans aide le jeune homme à trouver celui qu’il cherche, en parcourant les boîtes aux lettres dans le hall d’entrée, en vain. Alors il le raccompagne, lorsque soudain, le jeune homme lui tape sur l’épaule. « T’es costaud tonton », lance-t-il avant d’arracher la chaîne en or que porte le sexagénaire. Il ne croit pas si bien dire.

L’agresseur en fond d’écran

Passé l’effet de surprise, Daniel court après Chiheb et le plaque au sol. Mais son agresseur parvient à se dégager, il s’éloigne enfin après avoir sauté sur une trottinette électrique. Mais dans la bousculade, le voleur a perdu quelques effets, dont un téléphone portable. Lorsque les policiers en charge de l’enquête examinent l’iphone, ils découvrent la photo d’un jeune homme en fond d’écran qui semble être celle… de l’agresseur lui-même. De toute évidence, il a perdu son propre téléphone et cherche d’ailleurs à le récupérer en appelant son numéro.

Ignorant qu’il parle à un policier, le jeune homme convient d’un rendez-vous pour récupérer l’appareil le lendemain des faits. Prudent, il envoie un mineur à sa place au contact des fonctionnaires, qui repèrent néanmoins leur suspect un peu plus loin, et l’interpellent.

« Il ne se serait pas reconnu dans un miroir »

Âgé de 19 ans, Chihed n’en est pas à son premier vol, condamné à plusieurs reprises par salves de trois mois de prison pour des faits similaires, et même sous le coup de deux interdictions de territoire français restées inconséquentes. Mais il assure qu’il n’était pas le voleur de collier de Patrick. Certes, la victime ne l’a pas reconnu lors du « tapissage » au commissariat, mais le suspect ne se reconnaît pas non plus sur le fond d’écran du téléphone. « Si on lui avait montré un miroir, il ne se serait pas reconnu non plus », s’agace la procureur lors du procès en comparution immédiate ce lundi après-midi, au tribunal judiciaire de Marseille, requérant deux ans de prison ferme. En dépit d’incohérences relevées en procédure par son avocate, Me Ben-Kallal, notamment une plainte de la victime qui n’évoque ni témoins, ni découverte de téléphone ni blessures et l’absence de reconnaissance en garde à vue, Chiheb écope de 18 mois ferme et d’un mandat de dépôt.