Stéphane Salord est le nouveau président de France Active. Il succède à Jacques Bonnabel.
Quelles sont ses ambitions ?
Depuis le 24 juin, vous avez pris les rênes de cette organisation. Que ressentez vous ?
C’est un honneur d’avoir été élu président. C’est une belle maison, qui porte depuis longtemps les fondements de l’économie sociale et solidaire, dont l’utilité sociale n’a jamais cessé d’être démontrée.
Elle s’appuie sur une équipe salariée engagée et un conseil d’administration très impliqué, au service du bien commun.
À titre personnel, vous avez toujours été engagé dans l’économie sociale et solidaire. Pouvez vous revenir sur cet engagement ?
Je préside une structure coopérative régionale et je siège également au conseil d’administration au niveau national. Cet engagement coopératif est en cohérence avec les valeurs que je défends depuis de nombreuses années et avec le projet de notre organisation.
Vous n’êtes pas un inconnu dans la maison puisque vous y êtes présent depuis longtemps. Pouvez vous nous rappeler votre parcours en interne ?
Depuis huit ans en effet, je siège au conseil d’administration, où j’ai aussi exercé la fonction de président délégué pendant deux ans.
Cette expérience m’a permis de bien connaître les équipes, les partenaires et les défis de l’économie sociale et solidaire sur notre territoire.
Aujourd’hui, quels sont vos objectifs et vos ambitions pour cette année et les suivantes ?
Mon objectif est d’aller plus loin avec l’ensemble des partenaires et des parties prenantes, au bénéfice de celles et ceux qui souhaitent entreprendre dans le cadre de l’économie sociale et solidaire.
Nous voulons renforcer l’accompagnement qualitatif des projets, leur suivi et leur structuration, pour rendre l’ESS encore plus reconnue et plus performante.
Vous disposez d’une équipe et d’un bureau pour mettre en œuvre votre politique. Quels sont les grands axes ?
David Heckel, directeur général de France Active (à gauche) et les différents administrateurs – @ J.P.E
Nous souhaitons définir avec nos partenaires des financements adaptés et une feuille de route très ambitieuse, afin de donner davantage de moyens à l’équipe au service des bénéficiaires. L’enjeu est de consolider notre capacité d’action et de mieux répondre aux besoins des porteurs de projet sur tout le territoire régional.
Revenons sur le bilan de l’année 2025 : plus de 200 entreprises et associations accompagnées, plusieurs milliers d’emplois créés ou consolidés. Quel regard portez-vous sur ce bilan ?
C’est un bon bilan, dont nous pouvons être fiers, mais il doit nous inciter à aller plus loin, car les besoins sont immenses et notre société a besoin de retrouver une forte dynamique économique et sociale.
Nous traversons une période économiquement difficile et notre action reste encore à développer. Notre stratégie est donc de renforcer fortement la notoriété de la structure, car cet outil mérite d’être pleinement intégré aux politiques de développement de l’économie sociale et solidaire. En général, celles et ceux qui poussent la porte de France Active pour de l’appui financier ou du conseil ne le regrettent jamais !
Sur le plan financier, des montants significatifs ont été mobilisés auprès de partenaires. Comment interprétez-vous ces résultats ?
Les volumes financiers mobilisés sont globalement stables par rapport aux années précédentes. Cela prouve notre capacité à rassembler des ressources, mais nous devons désormais franchir un cap supplémentaire : nous ne pouvons nous en satisfaire durablement.
Notre ambition est d’accroître ces moyens pour répondre à davantage de projets et pour soutenir des initiatives de plus grande ampleur.
Un autre indicateur important est la pérennité des projets à cinq ans. Souhaitez-vous améliorer ce taux ?
Oui, clairement. Le taux actuel est satisfaisant, mais la part de projets en difficulté nous montre que soit l’accompagnement n’a pas été suffisant, soit le projet était insuffisamment structuré au départ.
Notre ambition est de tendre vers un taux de pérennité de 90 % à cinq ans, en renforçant la qualité de l’accompagnement et l’exigence sur la préparation des projets. A ce titre, le renforcement du lien et des méthodes de travail entre notre équipe de collaborateurs et nos comités d’engagement est à l’ordre du jour.
Une part significative des projets se situe en territoire fragile. Que recouvre cette notion pour vous ?
Nous intervenons notamment dans les quartiers prioritaires et dans les zones rurales les plus désertifiées en termes de services publics. Dans ces contextes, celles et ceux qui souhaitent entreprendre doivent être accompagnés de façon renforcée, pour que l’égalité des chances soit réelle et que l’entrepreneuriat devienne un véritable levier de transformation sociale.
Plus de la moitié des personnes accompagnées sont des femmes entrepreneures. Est-ce que vous y voyez une évolution de fond ?
Oui, c’est une évolution de fond que nous observons depuis une vingtaine d’années : les femmes sont désormais des entrepreneures à part entière.
Notre organisation avait très tôt intégré cette dimension dans son projet. Les femmes avancent, et c’est essentiel, même si des freins subsistent encore en matière d’installation, de crédit, de pérennité. Elles sont mieux armées, mais il faut continuer à les accompagner et rester vigilant face à certains signes de régression.
Depuis de nombreuses années, votre action est guidée par des principes forts. Lesquels ?
Le premier principe est de se rapprocher au maximum des territoires. Nous avons développé plusieurs antennes locales, dont une nouvelle implantation à partir de laquelle nous travaillons sur un bassin élargi.
Cela transforme en profondeur les dynamiques économiques locales. Nous agissons aussi par la mise en réseau et le travail en filière, pour créer des synergies entre les acteurs et renforcer les écosystèmes.
Chez vous, la finance n’est pas une simple finalité mais un levier au service des territoires et du bien commun. Comment le formulerez-vous ?
Nous ne finançons pas un projet uniquement parce qu’il est rentable. Nous voulons qu’à la pérennité économique s’ajoute une véritable utilité sociale, en cohérence avec les besoins du territoire et des habitants.
La finance est un outil au service d’un impact social et environnemental, pas une fin en soi.
Au-delà de ces aspects, votre ambition est de permettre à chaque porteur de projet d’entreprendre utilement et durablement. Est-ce le cœur de votre démarche ?
Oui, nous plaçons l’accompagnement au cœur de notre démarche. Notre objectif est d’éviter autant que possible l’échec, en faisant en sorte que le porteur de projet soit le plus à l’aise et le mieux préparé au moment du lancement de son activité, pour affronter les difficultés qui peuvent survenir.
Cela implique du temps, de l’écoute, de la pédagogie et une exigence partagée sur la qualité du projet.
Cette année a été consacrée à la préparation d’un nouveau cap stratégique à l’horizon 2030. Quels sont les grands objectifs ?
Nous souhaitons opérer un véritable changement d’échelle.
Il s’agit de poursuivre ce que nous faisons déjà bien, mais en accompagnant des projets plus importants en termes de taille, d’emplois, de financements et d’impact social. Notre volonté est de faire émerger des projets locaux qui, par leur portée, auront une envergure nationale dans le champ de l’économie sociale et solidaire.
Ce travail a été mené avec l’ensemble de vos partenaires. Pourquoi cette dimension collective est-elle si importante ?
C’est absolument essentiel car nous devons agir collectivement avec tous les partenaires concernés. Les ressources publiques sont plus difficiles à mobiliser et cela nous oblige à être plus fins dans l’analyse des besoins et dans la conception des outils de financement.
Nous voulons également relancer un dispositif auquel nous tenons beaucoup : un réseau d’ambassadeurs, rassemblant celles et ceux qui ont entrepris et réussi, afin qu’ils deviennent pleinement parties prenantes de la dynamique que nous portons.