Par

Emma Berard

Publié le

7 juil. 2026 à 19h32

Alors que la seconde phase d’attribution des logements Crous s’ouvre ce 7 juillet 2026, le témoignage de Sophie*, étudiante boursière, illustre la forte sélectivité d’un dispositif où la demande dépasse largement l’offre. Qui plus est en Île-de-France. 
La région ne compte en effet qu’un logement centre des œuvres universitaires et scolaires pour 34 étudiants et seulement un pour 48 à Paris, contre un pour 17 à l’échelle nationale. Une pénurie qui rend l’accès au logement social étudiant particulièrement difficile, même pour des étudiants boursiers.

« Il fallait répondre oui tout de suite »

À la rentrée 2024, Sophie, âgée alors de 23 ans, est contrainte d’accepter une place dans une résidence privée à 900 euros le loyer. Puis, en décembre, elle reçoit un courriel annonçant l’ouverture d’une nouvelle résidence Crous dans la capitale, invitant les étudiants intéressés à se manifester. Quelques jours plus tard, son téléphone sonne : « J’ai voulu agir rapidement, il fallait déposer le préavis de mon ancien appartement, et répondre oui tout de suite. J’ai demandé qu’on me rappelle dix minutes après, et j’ai obtenu mon logement en Crous. Ça m’a sauvé la vie. »

Étudiante en Master FLE (Français Langue Étrangère), elle entre en deuxième année à la rentrée prochaine, après deux années de classe préparatoire. Boursière échelon 1, elle appartient à une famille monoparentale avec son père, retraité et seul, dont elle est l’unique enfant charge. « C’est la raison pour laquelle je suis boursière échelon 1 », explique-t-elle. Depuis son arrivée dans la capitale en 2022 à la fin de ses deux années de prépa en internat, elle ne cesse de demander un logement Crous tous les ans, sans jamais obtenir de réponse favorable, jusqu’à décembre 2024.

« On s’en sortait avec les économies de mon père »

Pendant ces années sans Crous, elle doit se loger dans le parc privé, avec des loyers compris entre 700 et 900 euros par mois. « On s’en sortait avec les économies de mon père. De mon côté, je faisais les saisons en restauration l’été pour économiser un peu, puis de l’intérim dans l’événementiel les week-ends », se remémore-t-elle.

À la rentrée 2024, sa situation devient plus précaire encore. Sans logement, elle est hébergée chez une amie pendant près d’un mois. « Je ne trouvais pas d’appartement. Je ne m’en sortais pas. Quand j’ai candidaté pour une résidence Crous, j’avais bien précisé que ma situation était devenue très compliquée », ajoute-t-elle.

Les logements Crous sont attribués en priorité selon des critères sociaux, parmi lesquels les revenus du foyer, la composition familiale et l’éloignement entre le domicile familial et le lieu d’études. Les étudiants boursiers sont classés de l’échelon 0 bis à l’échelon 7 : plus l’échelon est élevé, plus la situation sociale est considérée comme fragile.

Des critères d’attribution qu’elle juge opaques

« Je suis bien consciente que d’autres étudiants habitent beaucoup plus loin et ont un échelon beaucoup plus élevé que moi », concède Sophie, tout en reconnaissant ne pas comprendre les critères d’attribution : « Il y a beaucoup d’étudiants qui sont plus précaires que moi et qui ont un échelon plus haut, je ne comprends pas vraiment comment ils choisissent, mais il faut faire un choix. »

Son histoire s’inscrit dans un contexte de forte tension. La France compte près de 175 000 logements Crous sur l’ensemble du territoire. En Île-de-France, où environ 810 000 étudiants sont inscrits dans l’enseignement supérieur, seuls 113 000 logements étudiants existent, tous statuts confondus (publics et privés). Un peu plus de la moitié (53 %) relève de l’offre sociale, dont 40 % sont gérés directement par les Crous. À Paris, la Ville recense 7 750 logements Crous.

Une situation enfin stabilisée

Aujourd’hui, Sophie paie 190 euros par mois, charges comprises et APL déduites, pour un studio de 24 m² avec terrasse et salle de bains. « Tout est fonctionnel, je suis hypercontente », confie-t-elle, évoquant le premier été où elle peut se contenter de missions d’intérim sans enchaîner les heures supplémentaires en restauration. « C’est le premier été où je peux me permettre de faire uniquement de l’intérim, sans travailler quatorze heures par jour dans un restaurant pour espérer gagner un peu plus grâce aux heures supplémentaires », confie-t-elle.

Le conseil qu’elle adresse aux étudiants en recherche de logement : consulter régulièrement ses mails, en parler autour de soi de sa recherche et miser sur le bouche à oreille. « Je pense malgré tout qu’il y a une part de hasard dans l’attribution », conclut-elle.

*Le prénom a été modifié

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