Anthony Basille, Carole Sommer et Vénissien Ducarre, expert-comptable, ont débattu sur l'intelligence artificielle lors du congrès d'expert-comptable Ensemble pour agir. - © S.Foliot

Anthony Basille, Carole Sommer et Vénissien Ducarre, expert-comptable, ont débattu sur l’intelligence artificielle lors du congrès d’expert-comptable Ensemble pour agir. – © S.Foliot

« On fait un peu un bouc émissaire de l’IA », regrette Anthony Basille, consultant et formateur en intelligence artificielle, durant une table ronde organisée au Palais du Pharo lors du congrès du syndicat Ensemble pour agir qui avait lieu du 1er au 3 juillet dernier.

Pendant 1 h 30, les trois intervenants de la conférence plénière « Comment déployer l’IA en conciliant productivité, efficacité et sécurité », ont défendu un nouveau modèle de travail grâce aux capacités de l’IA, un bouleversement qui induit un temps d’adaptation nécessaire.

Expert-comptable : la difficile adaptation à l’IA

« Dès qu’il y a un changement, on parle en fait de deuil », lance Carole Sommer, consultante en conduite du changement. « Lorsqu’on annonce un changement, le collaborateur va tout de suite voir ce qu’il va perdre. Alors qu’on est plutôt en train de lui expliquer tout ce qu’il va gagner », explique-t-elle concernant les résistances à l’installation de l’IA dans les cabinets.

Si l’intelligence artificielle est déjà largement utilisée pour des tâches annexes, selon Anthony Basille, sa démocratisation au sein du métier d’expert-comptable est plus ardue. Pourtant, ses avantages sont non négligeables : gain de productivité avec l’automatisation des tâches administratives, amélioration de l’expérience client avec une meilleure disponibilité et une réactivité accrue et enfin la possibilité de développement de nouvelles missions à forte valeur ajoutée.

Mais des réticences sont constatées, qui tiennent davantage d’une méconnaissance du sujet que d’une réelle opposition selon les intervenants.

La nécessaire sensibilisation aux atouts de l’IA

Plutôt que d’imposer l’IA à ses collaborateurs, Carole Sommer invite à mener des réunions pour les questionner sur les tâches répétitives, qui ne les intéressent pas, qu’ils voudraient déléguer : « Vous seriez surpris de voir à quel point ils ont plein d’idées de mission, de petites tâches qu’ils pourraient donner à l’IA. »

L’accueil de l’IA dans les services doit donc venir d’un travail de réflexion stratégique plutôt que d’un bouleversement imposé.

Une relation client changée

L’arrivée de l’IA pourrait permettre de dégager davantage de temps pour la relation client mais risque aussi de modifier ses rapports avec l’expert-comptable. Vénissien Ducarre, expert-comptable et fondateur du cabinet Aum conseil, le remarque : « Je commence déjà à subir les conséquences du big bang qu’on évoque au cours de ce congrès parce que j’ai une clientèle qui est très jeune, qui est très digitalisée. »

Désormais, ses clients ont déjà demandé une première réponse à l’IA. Ils arrivent avec la volonté d’être confirmés dans leurs préjugés, ce qui demande parfois tout un travail de déconstruction qui peut être long.

« La différence, c’est qu’ils veulent de la réactivité pour se rassurer. C’est-à-dire qu’ils ont déjà consulté l’IA et ils veulent quand même ma réactivité pour être rassurés. »

Réactivité et meilleure communication seront donc les principaux atouts à développer face aux nouveaux outils technologiques. Si les intervenants se sont montrés positifs quant aux apports de l’IA dans la profession, ils reconnaissent toutefois qu’il est difficile de se projeter sur les conséquences de cette révolution et que le sujet garde une part de flou