Deux types d’armes font actuellement cruellement défaut aux forces ukrainiennes : des systèmes de défense sol-air Patriot pour protéger les villes bombardées par des missiles russes chaque nuit ou presque, et une artillerie roquettes pour frapper dans la profondeur du dispositif militaire russe. Les redoutables roquettes ATACMS américaines seront donc produites sous licence par le géant de l’armement allemand Rheinmetal. Quant aux missiles sol-air Patriot, « faites-les vous-même », a lancé le président américain à son homologue ukrainien, lors du sommet de l’Otan à Ankara, mercredi 8 juillet.

Pour Volodymyr Zelensky, cette annonce était très attendue. Depuis des mois, Kiev réclame davantage de munitions pour ses systèmes Patriot, les seuls réellement efficaces dont dispose l’Ukraine pour intercepter les missiles balistiques russes. Sur le papier, c’est donc une évolution majeure. L’Ukraine espère ainsi réduire sa dépendance aux stocks occidentaux, alors que les livraisons restent lentes et insuffisantes, rappelle notre correspondant à Kiev, Lucas Lazo. Ces derniers jours encore, plusieurs missiles balistiques russes ont frappé Kiev sans être interceptés, faute de munitions disponibles.

Une avancée importante pour Kiev malgré les délais 

Mais à ce stade, l’annonce reste surtout politique. Fabriquer ces missiles de haute technologie en Ukraine ne sera pas une mince affaire, nuance Léo Péria Peigné, chercheur à l’Institut français de recherche international (IFRI) : « Se mettre à produire des Patriots, se mettre à produire des ATCMS, c’est vraiment pas si simple. Il faut adapter des usines, il faut surtout adapter des chaînes d’approvisionnement. On n’est pas sur quelque chose qui se fait en un tour de main, explique-t-il. On voit les difficultés déjà que l’industrie européenne a eu à monter en cadence sur des objets plus simples. Mais alors là, commencer à produire des objets « nouveaux », c’est encore un autre challenge. »

Monter une ligne de production prendra des mois, peut-être davantage. Et Washington n’a pas encore précisé jusqu’où ira le transfert de technologie. L’Ukraine y voit donc une avancée importante, mais pas une réponse immédiate à l’urgence dans son ciel. En parallèle, la société ukrainienne Firepoint développe son propre modèle d’intercepteurs, toujours au stade de prototype. 

Produire des missiles Patriot en Ukraine prendra donc du temps, mais ce qui est dit est dit et le notable changement de pied américain à l’égard de l’Ukraine a les atours d’une inflexion stratégique.

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Une annonce saluée avec prudence au Parlement européen

À Strasbourg, l’annonce de Donald Trump est vue comme un signal positif, rapporte notre envoyée spéciale Sophia Khatsenkova, mais pas forcément comme une garantie. Thomas Pellerin Carlin, député du groupe socialiste et démocrate, reste sur ses gardes. « Il faut être stupide pour faire confiance à Donald Trump, réagit-il. Depuis qu’il a compris que l’Ukraine était en train de gagner la guerre, Trump a changé au moins une partie de son discours. On le note, mais personne ne doit faire confiance à Donald Trump. Donc ce discours là, il est intéressant et on va voir si ça se traduit en actes. » 

Un doute que ne partage pas entièrement Bernard Guetta. L’eurodéputé du groupe Centre libéral Renew veut, lui, croire à un vrai basculement américain en faveur de Kiev. « C’est dit, et il y a de grandes chances que ça se réalise parce qu’il y a un revirement de la Maison Blanche et ce revirement est capital, estime-t-il. Avec un seul bémol : on ne produit pas des missiles Patriot du jour au lendemain. »

Reste une question plus large : celle de la dépendance aux États-Unis. Le député polonais de droite Renis Poznacs estime que les Européens doivent en tirer les conséquences. « Je pense que nous n’avons pas d’autre choix que de faire confiance à Donald Trump, souligne-t-il. D’une manière générale, l’Europe doit s’engager sur la voie de la souveraineté en matière de défense et de sécurité pour que nous n’ayons plus à nous demander à qui nous pouvons ou ne pouvons pas faire confiance. »