La technologie et les plateformes en ligne sont de plus en plus utilisées pour menacer le Royaume-Uni, notamment par des pays hostiles, des extrémistes et des groupes d’extrême droite, ont indiqué jeudi de hauts responsables de la police britannique.
Il s’agit d’une «lutte permanente» contre les menaces en ligne, a mentionné Vicki Evans, coordinatrice nationale en chef chargée de la lutte contre le terrorisme au sein de la police métropolitaine, ajoutant que la police avait besoin de l’aide des entreprises technologiques, car «ce n’est pas quelque chose que nous pouvons faire seuls».
L’extrémisme islamiste reste la principale menace, mais, au cours des cinq dernières années, les menaces émanant de groupes d’extrême droite et d’États hostiles se sont considérablement accrues, selon Laurence Taylor, responsable de la police antiterroriste.
D’après Mme Evans, la menace émanant d’États hostiles constitue la «mission qui connaît l’escalade la plus rapide» pour la police antiterroriste.
Ce mois-ci, deux Roumains ont été incarcérés pour avoir poignardé un journaliste d’une chaîne de télévision en langue persane, un acte qui, selon le juge, avait été commis pour le compte du gouvernement iranien.
En juin, un Ukrainien et un Roumain ont été incarcérés pour leur rôle dans l’incendie de biens liés au premier ministre britannique Keir Starmer, un complot qui correspond à la description d’un acte de sabotage soutenu par l’État russe.
Et en mai, un agent des services frontaliers britanniques et un ancien policier de Hong Kong ont été condamnés pour espionnage au profit de la Chine.
Mme Evans a expliqué qu’en 2025, on avait recensé plus de 20 complots soutenus par l’Iran, notamment des assassinats, des enlèvements et d’autres crimes graves contre le Royaume-Uni.
Par ailleurs, la police enquête toujours pour déterminer si les incendies criminels perpétrés contre des sites juifs au début de l’année ont un lien avec l’Iran.
La Russie organise un «flux constant de complots de surveillance» contre des personnes et des institutions au Royaume-Uni, visant à cibler des personnes que les responsables russes considèrent comme des ennemis, à «s’infiltrer» dans la vie quotidienne et à identifier des personnes qui «colporteront» les discours russes ou mèneront des actions par procuration pour le compte de l’État russe, a-t-elle ajouté.
Partout en Europe, la Russie a recruté des dizaines de personnes via des applications, telles que Telegram, pour commettre des actes de vandalisme ou allumer des incendies, notamment dans un entrepôt londonien où étaient stockés des équipements de communication destinés à l’Ukraine.
Dylan Earl, le meneur de ce complot, a été recruté sur Telegram par le groupe Wagner, une organisation mercenaire agissant pour le compte de Moscou qui a été désignée comme groupe terroriste par le gouvernement britannique.
Mme Evans a également indiqué que des adolescents âgés d’à peine 15 ans avaient été arrêtés par la police dans le cadre de complots par intermédiaire.
Le défi pour les forces de l’ordre, a-t-elle ajouté, réside dans le fait que «n’importe qui peut être pris pour cible», en particulier en ligne.
M. Taylor a indiqué que le niveau de menace au Royaume-Uni avait été relevé en avril, passant de «substantiel» à «grave», en partie parce que les affaires liées aux idéologies d’extrême droite «augmentent considérablement».
La police a constaté une augmentation des contenus «odieux», en particulier en ligne, qui créent un «cocktail de racisme, de misogynie et d’homophobie extrême», a-t-il déclaré.
Les opinions extrêmes, a-t-il ajouté, semblent être de moins en moins remises en cause, ce qui a créé un contexte où des opinions auparavant inacceptables sont désormais plus répandues.
À titre d’exemple, il a cité le cas d’une jeune femme de 18 ans, Alina Burns, qui a été condamnée en mai à près de 20 ans de prison pour avoir attaqué un inconnu à la hache, une agression qui, selon M. Taylor, était motivée par ses convictions d’extrême droite.
Les enfants de plus en plus radicalisés en ligne
Alfie Coleman — un jeune homme de 22 ans condamné mercredi à 13 ans et demi de prison pour avoir tenté d’acheter une arme à feu à un agent infiltré du MI5 — s’est radicalisé en ligne dès l’âge de 14 ans, a raconté M. Taylor.
Mme Evans a expliqué que les responsables de cette exploitation conçoivent spécifiquement des contenus en ligne destinés à attirer les jeunes en y mêlant de la propagande, des séquences de jeux vidéo, des images historiques et de la musique.
Les jeunes sont ensuite incités à commettre des actes violents. Par exemple, on leur demande de «recréer» dans la vie réelle des attaques horribles tirées de jeux vidéo, a-t-elle précisé.
Dans certains cas, a souligné Mme Evans, des «groupes sadiques en ligne» demandent aux gens de s’affronter pour causer du tort en ligne et hors ligne, en recourant à des cyberattaques, à l’extrémisme, à des violences graves, voire à des abus sexuels sur mineurs ou au terrorisme.
L’ampleur des contenus en ligne «légaux, mais horribles», notamment ceux comportant une violence extrême et des scènes sanglantes, signifie, selon elle, que certaines personnes ont désormais une perception faussée de ce qui est normal ou acceptable.
Ces personnes sont particulièrement vulnérables à la manipulation, y compris par des acteurs étatiques, a-t-elle ajouté.
Bien que le gouvernement ait annoncé que le Royaume-Uni interdirait l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans, cela ne suffit pas, a estimé Mme Evans, ajoutant qu’il faut faire pression sur les entreprises technologiques pour qu’elles contribuent à lutter contre les contenus préjudiciables en ligne.
Les lois et les politiques régissant les contenus préjudiciables en ligne deviennent rapidement obsolètes, tandis que les plateformes sociales disposent de puissants mécanismes pour diffuser ces contenus auprès des jeunes, a-t-elle expliqué.
«Le point de basculement est très rapide et brutal» pour certaines personnes qui sont entraînées vers des contenus préjudiciables en ligne, a-t-elle soutenu.