Un incident fâcheux, et surtout coûteux. La Russie a perdu un Ka-52 Alligator, l’un de ses hélicoptères d’attaque les plus modernes, lors d’une mission de lutte contre des drones ukrainiens. Selon des sources russes rapportées par Forbes, l’appareil a été abattu par une unité mobile de défense antiaérienne locale, elle aussi déployée pour intercepter des drones ukrainiens. S’il ne s’agit pas du premier tir fratricide de ce type — Newsweek rapportait en juin 2024 des tirs russes sur un hélicoptère Ka-29, et Forbes rapportait en août de la même année les tirs d’un hélicoptère russe sur une colonne de Moscou — c’est certainement l’un des plus coûteux.
Le Ka-52 touché par un missile Verba
Le Ka-52 traquait vraisemblablement un drone d’attaque ukrainien AN-196 Lyutyi ou Fire Point FP-1. Ces appareils à hélice, dont la vitesse de croisière est inférieure à 120 mph, évoluent à très basse altitude afin d’échapper aux systèmes russes de missiles sol-air. Ils peuvent cependant être interceptés par des hélicoptères ou des groupes mobiles de défense. L’Ukraine a déjà démontré l’efficacité de ce type de missions, notamment avec un Mi-24 auquel sont attribuées au moins 50 destructions de drones Shahed.
L’unité responsable appartenait au BARS (Combat Army Reserve) et était équipée d’un système portatif 9K333 Verba (« Saule »), comparable au Stinger américain. Ce missile supersonique dispose d’une tête chercheuse à triple capteur (ultraviolet, proche infrarouge et infrarouge moyen), d’une portée de plus de trois miles et d’une charge militaire de trois livres.
Depuis le début du conflit, l’Institut pour l’étude de la guerre (ISW) ainsi que la Pravda ont relevé à plusieurs reprises que les groupes mobiles russes semblent souffrir d’un manque de discipline, de faibles rémunérations et d’alcoolisme — un problème dont ne sont d’ailleurs pas exempts les bataillons ukrainiens (Pravda). Appâtée par une prime pour un drone abattu, il est probable qu’une troupe russe ait effectué des tirs sans identification suffisante de la cible.
Une perte de 16 millions de dollars
Les deux membres d’équipage du Ka-52 se sont éjectés. L’un serait décédé immédiatement à la suite d’une défaillance du siège éjectable, tandis que le second a survécu et a pu être récupéré. Au total, la Russie perd un membre d’équipage, un missile estimé à 170 000 dollars et un hélicoptère évalué à 16 millions de dollars, sans compter le drone qui n’a pas été intercepté.
Selon les informations rapportées à Forbes, les défenses aériennes russes auraient déjà abattu au moins sept de leurs propres hélicoptères depuis le début du conflit, plusieurs alors qu’ils poursuivaient des drones. En mars, le blogueur aéronautique Pavel Koshkin et un passager auraient également été tués lorsque les défenses aériennes près de Moscou avaient pris leur avion ultraléger pour cible (Mediazona).
Côté ukrainien, le doute demeure dans l’affaire du F-16 d’Oleksii Mes en août 2024. Le Wall Street Journal rapportait en février 2025, en citant des sources américaines et ukrainiennes, que l’appareil aurait pu être abattu par un missile Patriot ukrainien, le système Link 16 d’identification ami/ennemi n’étant pas activé sur les batteries livrées à Kiev. Breaking Defense a également indiqué que la possibilité d’un tir fratricide faisait partie des scénarios étudiés par l’enquête ukrainienne, aux côtés d’une panne technique et d’une erreur de pilotage. Aucune conclusion officielle n’a confirmé l’hypothèse du tir fratricide, mais le doute subsiste.
La Russie disposait d’environ 90 Ka-52 au début du conflit, mais seule la moitié environ serait encore opérationnelle selon Forbes. Selon le site Oryx basé sur des données Osint, qui comptabilise les pertes russes depuis le début du conflit, pas moins de 69 Ka-52 Alligator auraient été abattus ou endommagés depuis février 2022. Et l’évolution des drones ukrainiens, désormais parfois équipés de roquettes ou de fusils, ne rassure pas Moscou.