Le sommet de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), organisé les 7 et 8 juillet 2026 à Ankara, en Turquie, a réuni les chefs d’État et de gouvernement des pays membres, parmi lesquels Donald Trump et Volodymyr Zelensky. À l’issue de ce rendez-vous géopolitique majeur, le président américain a annoncé qu’il allait autoriser l’Ukraine à fabriquer des missiles Patriot, essentiels pour intercepter les missiles balistiques russes.
« Nous allons vous donner une licence pour fabriquer des Patriot », a-t-il déclaré lors de sa rencontre avec son homologue ukrainien, avant d’ajouter : « de cette façon, vous ne pourrez pas vous plaindre qu’on ne vous en fournit pas assez ». Il est vrai que l’Ukraine réclame depuis plusieurs semaines à ses alliés davantage de missiles Patriot, de fabrication américaine, dont dépend en grande partie l’efficacité de sa défense antiaérienne face aux attaques russes.
Le président des États-Unis n’a toutefois pas précisé à quelles conditions ni dans quels délais cette autorisation serait accordée. « Nous n’en avons pas encore informé l’entreprise, mais ça va s’arranger », a précisé Donald Trump. « Je compte sur nos équipes pour assurer un suivi rapide de tous les points discutés aujourd’hui », a, quant à lui, écrit Volodymyr Zelensky sur X, après leur entretien.
Une production de missiles Patriot qui ne peut répondre aux besoins immédiats de l’Ukraine
Selon le média américain Bloomberg, la fabrication à grande échelle en Ukraine de missiles Patriot conçus par Lockheed Martin Corp., l’un des plus grands fabricants d’armements au monde, s’annonce comme un défi majeur pour un pays toujours en guerre contre la Russie. Notamment en raison de délais de production particulièrement longs, qui ne permettront pas de répondre aux besoins immédiats de Kiev. « Chaque intercepteur PAC-3 MSE nécessite un délai de production de 24 mois pour le missile et de 30 mois pour le moteur-fusée à propergol solide », a tout d’abord expliqué le Foreign Policy Research Institute (FPRI).
Il a ensuite poursuivi : « ces délais sont dus à des contraintes industrielles, comme le long temps de durcissement requis pour les moteurs-fusées à propergol solide et le processus complexe, qui s’étend sur plusieurs années, de qualification de tout nouveau fournisseur de composants ». De même, « Boeing produit le système de guidage radar actif de chaque PAC-3 MSE dans une seule usine à Huntsville, en Alabama, et en 2025, elle n’en a livré qu’environ 650 à 700 », a précisé l’institut. C’est pourquoi la capacité de l’Ukraine à se procurer ces composants, même si elle possède une licence pour construire les intercepteurs, constitue une question cruciale.
Pour ne rien arranger, avant même qu’un accord avec l’Ukraine ne soit conclu, l’état des stocks mondiaux de missiles Patriot ainsi que la capacité à produire suffisamment d’intercepteurs en cas de crise suscitaient déjà des inquiétudes. En effet, les chaînes d’approvisionnement dédiées à la production actuelle sont déjà sous tension, tandis que l’ouverture d’une nouvelle ligne de fabrication nécessiterait des équipements spécialisés et une importante phase de formation, deux contraintes susceptibles d’allonger les délais du projet.
L’Ukraine face au défi de trouver un site de production pour les missiles Patriot
Même si l’Ukraine parvient à rassembler tous les composants, il lui faut encore un site pour les assembler et en faire une arme opérationnelle. Face aux bombardements constants de missiles et de drones russes, l’Ukraine disperse une grande partie de sa production d’armements afin d’éviter un point de défaillance unique en cas d’attaque dévastatrice. Cependant, cette stratégie pourrait ne pas être optimale pour produire suffisamment d’intercepteurs Patriot et assurer une défense adéquate contre ces menaces.
D’autant que toute installation de grande envergure construite ou convertie spécifiquement à cet effet constituerait une cible de choix et serait probablement attaquée très rapidement. « Si j’étais à leur place, je ferais construire l’usine en Pologne par les Ukrainiens. Sinon, elle deviendra une cible de choix. Ils ne pourront jamais la construire », a expliqué William Alberque, chercheur principal au Pacific Forum, basé en Europe à nos confrères.