Le crooner gallois de 86 ans a donné un concert magique pour le lancement du festival Jazz à Juan

Les tout récents albums de Paul McCartney (84 ans), des Rolling Stones (Mick Jagger va avoir 83 ans) et Madonna (68 ans en août) ont remis la question de l’âge sur la table. Est-il bien raisonnable de continuer à chanter après toutes ces années ? S’il est un artiste qui contredit absolument les lois du temps, c’est bien le Gallois Tom Jones, dont la voix n’a rien perdu de sa superbe ni de sa puissance légendaire. S’il s’avance lentement pour prendre place sur scène, perché sur un tabouret haut, l’homme ne se fait pas prier pour tonner. Dès la première chanson, I’m Growing Old, livrée en piano-voix, le ton est donné. Jones ne fait pas mystère de son âge, joue avec, tout en montrant qu’il n’a en rien altéré ses capacités. Plutôt que de jouer la carte du jeunisme, le Gallois interprète au contraire des titres qui évoquent la mortalité. Tower of Song de Leonard Cohen, une des plus belles de son auteur, lui permet de chanter «I Was Born With The Gift of a Golden Voice» (Je suis né avec un don : une voix en or) sans crainte du ridicule. Là, la guitare acoustique a remplacé le piano.

Jones se lève alors que le groupe commence à produire un son plus électrique, très marqué par le blues, pour jouer Not Dark Yet, chef d’œuvre tardif de Bob Dylan, qui évoque frontalement la fin de vie. Le groupe est excellent, les arrangements de très bon goût, Tom Jones rend hommage au répertoire avec une grande élégance. Il raconte ses débuts en studio, à la fin de l’année 1964, et ses premiers concerts dans les clubs de la Côte d’Azur afin de présenter son premier numéro 1 : It’s Not Unusual. Un titre tout droit sorti des Swingin’ Sixties, qui marquera le début d’une carrière au long cours. Tom Jones, à l’aise dans tous les styles de chansons, maîtrise tous ses effets sans jamais sonner mécaniquement. Il insuffle sa passion dans chacune de ses inflexions vocales. What’s New Pussycat ?, de Burt Bacharach et Hal David, est une autre incursion dans les sixties, ponctuée par la présence d’un accord


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En 1999, le presque sexagénaire relançait spectaculairement sa carrière avec le tube electro-pop Sex Bomb. S’il le chante encore aujourd’hui, c’est dans une version blues plus conforme au reste de son tour de chant. Une intro très stonienne à deux guitares propulse sa relecture du You Can Leave Your Hat On de Randy Newman, popularisée par Joe Cocker pour le film 9 semaines et demi. Tom Jones fait partie des derniers purs interprètes à citer les auteurs des chansons qu’il reprend. Il rend ainsi hommage à son ami Cat Stevens – rebaptisé Yusuf Islam depuis longtemps – avec la délicate Pop Star, avant de se livrer à une confession. «J’adore les chansons de Bob Dylan» lâche-t-il, avant de nous gratifier d’une sublime lecture de One More Cup of Coffee, perle de l’album Desire de 1976 trop méconnue.

Concert miraculeux

Après le Londres des années 1960, Jones nous embarque en Amérique, évoquant Willie Nelson. «J’ai été invité à ses 90 ans, il y a trois ans déjà. Il m’a proposé de reprendre un morceau que je n’avais jamais chanté» précise-t-il en se lançant dans un Across the Borderline d’anthologie. La composition de Ry Cooder prend ici une nouvelle dimension, évocation mélancolique d’un rêve américain qui a pris du plomb dans l’aile.

Tom Jones prend un plaisir contagieux dans l’exercice de son métier. Si son dernier album studio date de 2021, c’est bien sur les scènes que cet infatigable artisan donne le meilleur de lui-même depuis six décennies. On est loin de ses années crooner à Las Vegas avec cette nouvelle incarnation de lui-même qui s’aventure dans des contrées où peu de stars de son âge mettent les pieds. Pop, americana, blues, mais aussi ambiance tex-mex façon Calexico, Tom Jones n’a peur de rien. Certaines pièces sont livrées quasiment a capella, d’autres s’étirent en nappes atmosphériques, les guitaristes se livrent parfois à des joutes. Le grand ancien rend hommage à Prince, dont il avait interprété le tube Kiss dans les années 1980, avant de s’éclipser. Au rappel, il donne le score du match entre la France et le Maroc avant de prolonger le plaisir. Le final le voit citer son ami Elvis, selon lequel le vrai roi du rock’n’roll n’était autre que Chuck Berry. C’est donc avec Johnny Be Goode, standard de ce dernier, que s’achève ce concert vraiment miraculeux.