« Un bras après l’autre, et quand on a la tête sous l’eau on fait quoi ? Des bulles ! » À voir la quinzaine de nageurs en herbe barboter dans le bassin mobile du parc de Bougainville, difficile de croire que certains d’entre eux n’avaient jamais nagé il y a encore trois jours.
La Ville de Marseille, en collaboration avec la Fédération française de natation, a installé quatre bassins éphémères dans des quartiers dépourvus de piscine à proximité. L’objectif : « apprendre la natation aux petits Marseillais pour réduire les risques de noyades, déjà nombreuses en ce début d’été », explique Éric Méry, adjoint délégué aux sports. Au cours de l’été, environ 2 500 enfants âgés de 3 à 12 ans devraient suivre gratuitement une heure de cours par jour, pendant deux semaines.
L’aisance aquatique
Samiou et Moina, 6 et 9 ans, découvrent les mouvements du crawl, une frite rouge à la main. Leur maman Zaharia se réjouit de les savoir au frais et plus sereins dans l’eau. « Moi je ne sais pas nager, je n’ai jamais appris », confie-t-elle. Une source d’angoisse pour le voyage familial à venir aux Comores, pays d’origine de la famille.
La fratrie a débuté les cours le 6 juillet, dès l’ouverture du bassin, qu’ils avaient aperçu de haut depuis leur immeuble perché au-dessus du parc. Faute d’infrastructure proche, Samiou et Moina n’ont jamais pris de cours de natation à l’école et avaient une peur « presque panique » de l’eau.
Le bassin mobile de Bougainville permet à quinze enfants par session de prendre des cours de natation gratuitement. / PHOTO Margot Van Wambeke
Sur la tête de chaque enfant, un bonnet floqué « aisance aquatique » est vissé. C’est toute la mission. Les trois maîtres-nageurs présents, habitués à encadrer des groupes de tous niveaux, s’appliquent à désamorcer les craintes. Dans le bassin, ça rigole, ça s’éclabousse. Tamaya est venue avec ses cousines. Du haut de ses 9 ans, elle évoque, un peu gênée, son niveau, « moyen », selon elle. La fillette commence pourtant à se détacher de sa bouée, alors qu’elle ne suit les cours que depuis deux jours. « Je ne veux pas devenir nageuse professionnelle, juste nager la tête sous l’eau sans qu’on me tienne », affirme-t-elle fièrement.
Un enjeu qui dépasse l’été
D’après les enquêtes 2022 et 2023 de la direction générale de l’enseignement scolaire, près d’un jeune sur trois ne sait pas nager en entrant en sixième en France. Mi-juin, sur X, le député LFI des Bouches-du-Rhône Manuel Bompard affirmait qu’à Marseille, « un élève sur deux ne sait pas nager quand il arrive au collège ». Un vrai enjeu pour la cité phocéenne, qui entend faire profiter au plus grand nombre de minots ces bassins mobiles tout au long de l’été.