En marge de l’entretien qu’il nous a accordés pour évoquer le début de sa nouvelle vie en Australie, l’ancien ouvreur ou demi de mêlée du XV de France s’est attardé sur les parallèles qu’il identifie entre le rugby à XV et le rugby à XIII, dans lequel il évolue désormais, dans le staff des Cronulla Sharks.
Après être devenu – entre autres – le premier joueur français de l’histoire à évoluer en Super Rugby puis à coacher en NRL, Frédéric Michalak incarne aujourd’hui le meilleur interlocuteur pour répondre à cette question qui nous a hanté, durant tout ce séjour australien : qui, entre l’autoproclamé meilleur championnat du monde du XV et celui du XIII, est le plus fort ? À cet épineux sujet, sa réponse ne fait pourtant aucun doute. « Je pense que la NRL a pris de l’avance sur les enjeux économiques. Ils arrivent à s’exporter d’une manière assez attractive grâce à leur jeu qui est en plein développement, avec du spectacle, des impacts, une compréhension de la règle qui est plus facile, des matchs à Las Vegas chaque année en ouverture du championnat… Ils viennent de renégocier à la hausse leurs droits TV, ils sont en train de monter trois autres franchises dont une en Nouvelle-Zélande… La NRL a vraiment un pouvoir d’attractivité fort, que l’on ressent de plus en plus en Nouvelle-Zélande, au Samoa, au Tonga. »
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Et surtout une volonté de domination presque vampirisante, à l’image de cette pratique qui consiste à voir des équipes de NRL payer les études dans des écoles privées à leurs joueurs (afin de bénéficier des bonnes structures et des bonnes conditions d’entraînement de ces établissements spécialisés dans le rugby à XV) pour mieux les récupérer ensuite. « Ils ont un temps d’avance sur le recrutement et un pouvoir d’attractivité qui est lié à l’argent, c’est certain. Par exemple, j’ai rencontré cinq recruteurs au sein des Sharks, dont certains ne sont pas forcément basés à Sydney. Ils vont chercher très, très loin… C’est sûr qu’aujourd’hui, dans cet hémisphère-là, le rugby à XV a du souci à se faire. »
À XIII, un dézonage inexistant chez les arrières
Voilà pour l’aspect politico-sportif. Reste toutefois l’essentiel, le terrain, d’autant qu’à ce titre, le fait de voir Michalak entraîner dans un sport qu’il n’a jamais pratiqué peut interpeller. Les joueurs du XV de France, qui ont assisté à plusieurs matchs durant leur séjour en Australie, nous l’ont maintes fois répété : au-delà des phases de conquête, si le ballon reste ovale, le XIII et le XV ne sont pas du tout les mêmes sports. Ce que Frédéric Michalak ne nie pas. « Sur ma partie, qui concerne évidemment plutôt les trois-quarts, la grosse différence est qu’il y a moins d’activité à XIII pour les centres et les ailiers. Ils sont spécialisés à droite ou à gauche du terrain et ne savent, pour certains, faire une passe que d’un côté… À XV, on dézone beaucoup plus, même s’il y a des exceptions. Joey Manu (centre du Racing 92 et ex-treiziste) me disait que Trent Robinson (actuel coach principal des Sydney Roosters, qui a débuté sa carrière d’entraîneur à Toulouse puis aux Dragons catalans), demandait parfois à ses centres de dézoner, mais ça reste très rare. Il y a à XIII un facteur clé qui est la fatigue. Il faut prendre en compte quand tu as 60 minutes de temps effectif de jeu. C’est une guerre de territoire et de patience, un véritable jeu d’échecs dans lequel il faut arriver à « scanner » une défense puis être capable d’exécuter les bons mouvements si l’image le permet. » Et pour cela, certains principes du XIII se vérifient de plus en plus souvent à XV. « Il y a de plus en plus de similitudes en défense, avec le 15 qui organise le premier rideau depuis l’arrière, en comptant le nombre de joueurs de chaque côté des rucks et en désignant ceux qui doivent basculer ou non. » Mais aussi en attaque… Il suffit pour cela d’observer l’animation offensive du XV de France, d’abord fondée sur la prise de l’axe avant de permettre des animations sur deux demis-terrains, servis par deux ouvreurs.
Il y aurait des choses à piocher au sujet du jeu au pied dans les vingt derniers mètres
Toutefois, si l’animation offensive à XV relève régulièrement du flair et de l’adaptation (notamment lorsqu’il s’agit de jouer les « mismatchs » opposant un joueur rapide à un joueur lent), le XIII préfère conserver des structures immuables en « double cut », où la différence se fait avant tout sur la précision des passes et des courses. « Ils connaissent par cœur leur système et leur rôle mais après, il faut être parfait dans l’exécution, » pointe Michalak. « Pour cela, à XIII, on travaille beaucoup dans le détail, sur les courses, sur les mains, sur l’endroit où on veut faire passer le ballon selon qu’on veuille toucher le 1 ou le 2. Il y a là des choses qui sont clairement transposables entre les sports. » Et d’autres qui pourraient techniquement l’être, même si le Toulousain n’y voit pas vraiment de pertinence au vu de l’évolution des règles du XV. « En termes de qualité et de variété quant au jeu au pied dans les vingt derniers mètres, il y a des choses qui seraient intelligentes à piocher. Cela dit, le rugby à XV d’aujourd’hui a développé un rugby de possession où on sait qu’on sera presque toujours récompensé lorsqu’on pilonne dans les 22 adverses. Alors, est-ce que cela vaut vraiment le coup de taper dans le ballon s’il n’y a pas avantage ? » La réponse est évidemment dans la question…