À Montpellier, les portes des love shops s’ouvrent sur une clientèle décomplexée et variée, loin des clichés. On y rencontre des clients de tous âges, libres et curieux, venus chercher conseils, nouveauté et parfois un peu d’audace. Stimulateur à air pulsé, toy connecté, aphrodisiaques, derrière les rayons, c’est surtout un rapport au désir qui évolue. On vous embarque avec nous pour ce troisième épisode de notre série « L’été sera chaud ».
Elle entre, portable collé à l’oreille, va au fond du love shop et s’empare d’un anneau vibrant, passe en caisse et ressort, sans avoir interrompu sa conversation. Le passage de la trentenaire à Lilou plaisir, place Saint-Côme à Montpellier, a été rapide, efficace, anodin. Si la moitié de la clientèle sait ce qu’elle veut en poussant la porte, l’autre moitié demande conseil. « C’est vraiment du 50/50 », partage Léa Cabrera, vendeuse.
En ce moment, un produit s’impose largement : le stimulateur à air pulsé. Placé sous les feux du projecteur par la sortie récente du film Pour le plaisir, inspiré librement de l’histoire de la création du Womanizer, ce sextoy conçu pour stimuler le clitoris figure en tête des best-sellers. « Les œufs vibrants ont aussi du succès, poursuit-elle. Avec une petite télécommande ou une appli, le partenaire peut envoyer et contrôler les stimulations à distance. Ce jeu alimente la surprise et la complicité. »

Léa Cabrera, vendeuse chez Lilou Plaisir et Iban Ferrer, en stage, devant une sélection de produits populaires.
L. Z. – Midi Libre
Chocolats aphrodisiaques
Dans les rayons, les tendances évoluent aussi selon les générations. Les jeunes clients s’intéressent davantage aux produits « instagrammables » comme les chocolats aphrodisiaques, « très populaires sur les réseaux ». Au ginseng, gingembre ou maca, ils se déclinent dans les trois coloris et jouent la carte du plaisir gourmand. « Pour une recherche de performance physique, je préfère orienter vers les gélules ou le bois bandé. Soyons clairs, c’est plus efficace que le chocolat », sourit la vendeuse.
Autre tendance de l’été : la lingerie qui sort de la chambre. « Certains modèles sont pensés pour être portés en festival ou même dans la rue », explique Léa, les yeux portés vers des pièces audacieuses.
« Je cherche à me faire du bien toute seule »
Quelques rues plus loin, toujours dans le centre de Montpellier, Alix et Lola, en couple, viennent de pousser la porte du Passage du désir. « Soyons libres de toucher, de sentir, de vibrer, d’aimer », lit-on sur la porte en guise d’invitation, avec la petite mention « Boutique réservée aux adultes consentants. » « On vient chercher du lubrifiant, avec la chaleur qu’il fait, on en a besoin. En ce moment, on adapte un peu nos habitudes à cause de la chaleur. On fait l’amour sous la douche, sous la clim ou un ventilo. On aime aussi se laisser aller à la plage, dans l’eau, quand il n’y a pas grand monde. On adore. »
Quelques marches plus haut, Sabrina, célibataire depuis peu, regarde les différents modèles de stimulateurs avec sa meilleure amie : « Je cherche à me faire du bien toute seule mais le gros format à 200 euros, ça pique un peu… Je vais me rabattre sur le modèle de voyage », lance-t-elle sans se laisser abattre. « Ma libido est au taquet l’été, je me sens plus libre, partage sa copine. Le « On n’a qu’une vie prend le dessus » à cette période et je suis prête à faire des trucs sur un coup de tête ».
« Les super timides cachent bien leur jeu »
Responsable adjointe de la boutique, Anaïs Dupin-Lugagne vient les conseiller et leur présenter quelques modèles de sextoys collectors rangés à l’arrière de la boutique. « Génial, ils étaient encore plus pimpés à l’époque, j’adore », s’amusent les filles.
Tous les articles de notre série « L’été sera chaud »
Les profils qui franchissent la porte sont variés : un jeune homme accompagné de sa mère, un quadragénaire seul, deux jeunes femmes ensemble, une fille qui s’extasie avec sa mère devant un pénis multicolore en peluche « trop mignon ». L’encaissement d’un client achevé, la responsable adjointe d’Au passage du désir confie avoir appris à ne jamais se fier aux apparences : « Des gens qui ont l’air ouverts ont parfois beaucoup d’appréhension. Et les super timides cachent bien leur jeu. Un jour, un gars très réservé m’a demandé un fouet pour son soumis », raconte-t-elle en présentant d’autres produits plébiscités l’été : huiles de massage gourmandes coco, ananas ou « sex on the beach », mousse crépitante fraise champagne rafraîchissante, boissons aphrodisiaques. Objectif ? « Rajouter un peu de piment pendant ces journées longues et chaudes », glisse Théo en optant pour une mousse crépitante.
À lire aussi :
L’été sera chaud (1/7) : Canicule, fatigue, corps brûlants : quand la chaleur de l’été fait exploser (ou s’effondrer) votre libido
Moins de gêne, plus de curiosité… Le véritable changement dans les love shops ne se joue peut-être pas dans les rayons mais dans les mentalités des clients. Une nouvelle façon de parler du désir s’installe : plus libre, plus assumée, plus décomplexée.