Par

Hervé Pavageau

Publié le

16 juil. 2026 à 8h46

La situation est « inédite et catastrophique ». Régis Chevallier, président de la Fédération, ne mâche pas ses mots pour décrire l’état actuel du maraîchage nantais. Depuis mi-mai, la filière cumule « des soucis ». Aux difficultés commerciales sur les jeunes pousses et les épinards, marchés bataillés, les événements climatiques « cassent la tête » d’une profession qui doit faire face à des vagues de chaleur extrême. En plein champ, les températures ont grimpé jusqu’à 45 °C, anéantissant des semis qui n’ont pas germé, et donc les récoltes futures.

Le maraîcher de La Planche a observé sur certaines pousses jusqu’à « 99 % de destruction ».

Autre phénomène : des cultures en place, prêtes à récolter (poireaux, fenouils, salades…), se sont fait « cuire ».

Les maraîchers nantais observent des feuilles jaunes, des coulures, des blessures.

« On a perdu beaucoup de rendement et de qualité. Des plantes étaient impossibles à vendre », commente le président d’une filière qui enregistre des pertes nettes.

Sur son exploitation, le maraîcher de La Planche estime des pertes « à 80 % sur les jeunes pousses, 75 % sur les épinards et 50 % sur le poireau. Et entre 10 à 15 % sous abri ».

Dans la région, les dégâts varient selon les productions et les pratiques agricoles. Sous abri, les cultures résistent mieux.

La serriculture est d’ailleurs « une des réponses » face aux aléas climatiques.

« Pour nous, c’est un levier d’adaptation très important », reconnaît le président des maraîchers.

L’autre « effet », c’est l’accès à l’eau.

On a énormément consommé d’eau pour sauver nos cultures. C’étaient des arrosages le matin, le soir… Des étangs et réserves sont déjà à sec.

Régis Chevallier, maraîcher à La Planche et président de la Fédération des maraîchers nantais

Résultat : faute d’eau pour emmener les cultures à maturité, les producteurs de légumes préfèrent ne pas investir dans des semis perdus d’avance.

L’absence de récoltes futures crée des ruptures de production et engendre des tensions commerciales.

Situation contrastée

Reste que la situation du maraîchage est contrastée selon les bassins de production.

Chez les grands serristes, mieux adaptés à ces à-coups climatiques, les productions de tomates, concombres, aubergines, poivrons – légumes de l’été – résistent mieux.

« Il y a un peu de perte mais la dynamique de marché est là. Il n’y a pas de péril. La galère, c’est plus la gestion des travailleurs. »

Dans la vallée maraîchère du Vignoble nantais, qui bénéficie du réseau historique d’eau de Loire créé dans les années 60, on parvient aussi à sauver des cultures grâce à l’irrigation.

« Même si c’est quand même dur. On enregistre également des baisses de rendement. Des productions lèvent mal », nuance Régis Chevallier.

Les zones « en souffrance » se trouvent sur le bassin de Grand Lieu, la plaine de Machecoul, le secteur vendéen, du fait de réserves d’eau insuffisantes pour tenir l’été et « emmener les cultures », précise le maraîcher, qui n’exclut pas d’activer du chômage partiel si « la situation ne change pas ».

Déjà des millions d’euros de pertes

Dans le maraîchage nantais, le recensement des pertes est en cours.

Mais « les dégâts se chiffrent déjà en millions d’euros », déplore le président de la Fédération, qui regrette que les dispositifs d’aide, comme les calamités agricoles, soient inadaptés au maraîchage, car « il faut justifier de 50 % de pertes sur l’année ».

La filière, en contact avec les partenaires bancaires et le service des impôts, demande des reports de charges.

« Les trésoreries des entreprises vont commencer à souffrir dans les semaines à venir quand il faudra préparer la campagne d’automne, avec les achats de graines, d’engrais, de sable, de plastique… C’est là que ça risque d’être dur. »

Une certitude : ces coups de chaleur nécessitent de changer de logiciel.

La crise confirme une nécessité pour la filière : le développement des abris.

Il faut qu’on en ait plus demain. C’est sûr et certain.

Régis Chevallier, maraîcher à La Planche et président de la Fédération des maraîchers nantais

L’eau : « un enjeu majeur et vital »

L’autre enjeu « majeur et vital » pour la profession et la souveraineté alimentaire, c’est la gestion de l’eau.

Il faut vraiment qu’on change de braquet sur ce dossier. Qu’on arrête de limiter, de restreindre. Tout est trop long, trop lent, trop culpabilisant. On a besoin de plus stocker d’eau l’hiver. D’être plus soutenant sur l’irrigation d’été. Comme je dis souvent, les maraîchers ne consomment pas d’eau. Ils la rendent sous forme de légumes.

Régis Chevallier, président de la Fédération des maraîchers nantais

Des légumes et productions qui devront aussi s’adapter à l’aune du changement climatique.

« Il y aura clairement des choix de culture à faire. Cela va bouger dans les années à venir. On se pose tous la question : quelles cultures demain ? Moi, par exemple, je fais du poireau primeur. On se dit qu’on va peut-être faire un peu plus de pastèque et moins de poireau », conclut le président d’une filière qui attend un état des lieux précis de la situation dans les prochains jours.

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