Depuis près d’un quart de siècle, les situations sanitaires exceptionnelles sont sa spécialité. Référent médical du Samu 06, le Dr Nicolas Galiano est responsable de la filière Samu gestion de crise au sein du pôle urgences du CHU de Nice, et le référent régional pour le risque chimique.
À Nice, forcément, il y a un avant et un après 14-Juillet à l’hôpital. Nicolas Galiano y prodigue des formations, élabore des plans d’action, organise des exercices, complétés par ceux de la direction opérationnelle de crise du CHU. Dix ans après l’attentat sur la promenade des Anglais, il explique ce qui a changé.
À toutes les formes de situations exceptionnelles : l’épidémie de Covid, le sommet de l’UNOC, les JO d’été, mais aussi les événéments type mouvements de foule ou attentats. Dans ces cas-là, on se prépare aux spécificités médicales : polytraumatisés, blessés par armes…
Face au risque terroriste, la formation a-t-elle évolué suite aux événements d’il y a dix ans ?
En 2015, après Charlie et le 13-Novembre, la collaboration a accéléré entre les services de l’Armée et les services civils – pompiers et, surtout, Samu. J’ai pu bénéficier d’une formation militaire pour prendre en charge des victimes par arme à feu ou explosifs. Nous avons formé les personnels localement. Ensuite, nous avons organisé des sessions de formation et des exercices, au sein du CHU et au niveau départemental, sous l’égide de la préfecture.
Vous préparez-vous à des scénarios pouvant s’apparenter à des situations de guerre ?
Quand on aborde l’utilisation d’armes de guerre, on n’est plus sur les mêmes pathologies, ni les mêmes schémas d’intervention. La spécificité des armes à feu semi-automatiques, ce sont des coups en rafale, donc de très nombreuses victimes, des munitions à haute vélocité qui font d’énormes dégâts, notamment des hémorragies. L’objectif, c’est d’amener le patient dans le bloc opératoire avec un chirurgien au-dessus de lui dans l’heure. Sur un plan médical, c’est un challenge ! D’autant que, souvent, ces victimes-là ne sont pas accessibles d’emblée…

Quelles compétences cherchez-vous à développer chez vos équipes ?
Le premier objectif, c’est de prendre en compte le danger pour être toujours en sécurité. Ensuite, il faut intervenir rapidement, repérer les victimes – les « catégoriser » selon des critères simples – avant une médicalisation très rapide vers l’hôpital.
La première qualité à avoir, c’est le sang-froid ?
Oui, garder son sang-froid, se concentrer sur ce qu’on maîtrise, et savoir regarder au-delà du malade pour évaluer la situation. Jouer collectif. Le risque le plus important, c’est de se focaliser sur un patient et d’éliminer les informations autour de lui.
Après avoir vécu le 14-Juillet, les équipes du Samu 06 sont-elles mieux préparées que d’autres ?
Il est évident que, lorsqu’on a un tel retour d’expérience, on a un « coup d’avance ». On sait de quoi on est capable, on a testé en réel des procédures écrites… On a fait profiter nos collègues de toute la France de cette expérience. La montée en puissance du CHU a été remarquable.
Rétrospectivement, on peut se féliciter que le CHU ait quitté Saint-Roch pour Pasteur quelques mois avant l’attentat…
Ç’aurait été très différent. Nous n’avions pas du tout les mêmes locaux, les mêmes surfaces, la même capacité de prise en charge. Surtout, en déménageant, nous avions travaillé sur les plans de secours et fait un exercice surprise en mai 2016. De nombreuses victimes qui arrivent aux urgences à 22 h 30 : on l’avait testé deux mois avant ! Les résultats nous ont permis d’adapter, préciser nos procédures. Et ça a servi.
Dix ans après, le traumatisme reste vivace dans les rangs ?
Chacun a son petit traumatisme avec le 14-Juillet. Cela vous force à être meilleur. On essaie d’en tirer le positif. Mais dans nos références, on ne reste pas que sur le 14 juillet 2016. On se prépare à être surpris par n’importe quelle catastrophe qui pourrait surgir.
Saurait-on mieux faire face à une telle attaque aujourd’hui ?
Oui, car dix ans se sont passés, on a eu des retours d’expérience de catastrophes de ce type… Nous avons renforcé le dispositif autour de Pasteur 2, modifié les circuits internes à l’hôpital, amélioré le matériel, augmenté notre capacité de réanimation et de blocs opératoires. On a plus d’expérience, plus de personnels formés sur le Pasteur 2 version 2026. Ce ne serait pas la même chose.