Par

Cédric Nithard

Publié le

16 juil. 2026 à 16h29

Vingt-huit dirigeants de théâtres, d’opéras et d’institutions, dont l’Opéra Comédie et le Théâtre des 13-Vents à Montpellier, tirent la sonnette d’alarme. En cause, l’inquiétude quant au financement des structures culturelles publiques  tandis que des coupes budgétaires pourraient intervenir avec des conséquences graves sur l’ensemble du secteur.

« Aujourd’hui, il n’existe plus aucune réserve »

« À ce jour, les subventions de l’État pour l’année en cours n’ont été versées que partiellement sans aucune garantie quant au versement du solde. Cette situation est, à elle seule, inacceptable pour les établissements publics auxquels l’État demande simultanément d’assumer pleinement leurs missions » expliquent, dans un communiqué, les vingt-huit dirigeants de structures culturelles publiques parmi lesquels Valérie Chevalier de l’Opéra Orchestre national Montpellier Occitanie et Nathalie Garraud et Olivier Saccomano du Théâtre des 13-Vents.

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Ces derniers évoquent « une situation d’incertitude sans précédent », d’autant plus après avoir appris que « de nouvelles coupes budgétaires pourraient intervenir sur l’exercice 2026 ». Des coupes qui, si elles étaient confirmées, alors que la programmation des saisons est élaborée plus d’un an à l’avance, « ne constitueraient pas un simple ajustement budgétaire mais reviendraient à rompre unilatéralement les engagements de l’État alors même que nos saisons sont engagées, nos contrats signés, nos artistes recrutés et nos dépenses déjà réalisées ».

Une inquiétude accrue par la situation déjà préoccupante ces dernières années au cours desquelles ces institutions culturelles publiques expliquent avoir « absorbé seuls les effets de l’inflation, de la hausse des coûts de l’énergie, de l’augmentation des salaires et de l’ensemble des charges de fonctionnement, sans que nos subventions suivent cette évolution » et ce en ayant déjà « réduit nos marges, différé nos investissements, comprimé nos dépenses et rationalisé nos organisations » avec comme constat : « Aujourd’hui, il n’existe plus aucune réserve. Nous sommes arrivés au point de rupture ».

Une économie et un écosystème déstabilisés

Dans ce contexte, ces institutions culturelles publiques mettent en avant des « conséquences immédiates et irréversibles » avec « plusieurs établissements placés en procédure d’alerte. » Certains seraient contraints d’annuler une partie de leur saison avant même son ouverture. D’autres ne pourraient tout simplement plus ouvrir leurs portes. Les contrats conclus avec les artistes et les producteurs ne pourraient plus être honorés. Les remboursements de billetterie se multiplieraient. Le recours au chômage partiel deviendrait inévitable » et de résumer : « L’État déplacerait alors une dépense qu’il prétend économiser, tout en provoquant une désorganisation profonde de l’ensemble de la filière ».

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Car au-delà de leur propre sort, les signataires préviennent : « Les conséquences dépasseraient largement nos institutions. Elles frapperaient les compagnies indépendantes, les ensembles, les artistes, les techniciens, les prestataires, les entreprises culturelles, les associations, les établissements scolaires et universitaires, les collectivités partenaires, ainsi que les centaines de milliers de citoyens qui fréquentent nos lieux ». En somme : « C’est toute une économie, tout un écosystème et une mission de service public qui seraient déstabilisés ».

« Nous refusons que les établissements culturels deviennent la variable d’ajustement des finances publiques. La culture ne peut être célébrée dans les discours et sacrifiée dans les arbitrages budgétaires. Une telle décision porterait gravement atteinte à la crédibilité de la parole de l’État et remettrait en cause des décennies de politique culturelle fondée sur la confiance, la continuité des engagements et la responsabilité partagée » affirment les dirigeants de ces institutions en expliquant : « Chaque euro investi dans nos établissements produit de l’emploi, de l’activité économique, de l’attractivité économique, de l’attractivité territoriale, de la cohésion sociale et de l’émancipation citoyenne. Les économies envisagées seraient dérisoires au regard des dommages humains, artistiques, économiques et symboliques qu’elles provoqueraient ».

C’est pourquoi, en s’adressant à l’État, ils demandent « solennellement la confirmation immédiate du maintien intégral des crédits 2026, le versement sans délai des subventions restant dues et l’ouverture d’une concertation urgente sur les perspectives budgétaires pour 2027 » en concluant : « Il y va désormais de la survie de nombreuses institutions culturelles. Plus largement, il y va de la crédibilité de l’engagement de l’État envers le service public de la culture ».

Tandis que se déroule le Festival d’Avignon où la ministre de la Culture Catherine Pégard a fait le déplacement pour tenter d’apaiser la situation, une manifestation est prévue ce jeudi 16 juillet sur la place du Palais-des-Papes.

Les signataires :
Hortense Archambault (MC93, Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis), Frédéric Bélier Garcia (La Commune, Aubervilliers), Jean Bellorini (TNP Villeurbanne), Pierre Brouchoud (Orchestre national d’Île-de-France), Richard Brunel (Opéra de Lyon), Émilie Capliez et Matthieu Cruciani (Théâtre de la Cité CDN Toulouse Occitanie), Valérie Chevalier (Opéra Orchestre national Montpellier Occitanie), Chloé Dabert (Comédie de Reims), Fanny de Chaillé (TNBA, Théâtre national de Bordeaux Aquitaine), Laurence de Magalhaes (Théâtre du Rond-Point, Paris), Nicolas Droin (Orchestre national de Lyon), Chrysoline Dupont (Opéra national du Rhin), Matthieu Dussouillez – (Opéra national de Nancy Lorraine), Aurore Fattier (Comédie de Caen), Nathalie Garraud et Olivier Saccomano (Théâtre des 13-Vents, CDN Montpellier), Jean-Baptiste Henriat – Orchestre national de Lille), Emmanuel Hondré (Opéra National de Bordeaux), Loïc Lachenal (Opéra Orchestre Normandie Rouen), Guillaume Lamas (Orchestre national des Pays de la Loire), Benoît Lambert (Comédie de Saint-Étienne), Isabelle Melmoux (Théâtre Gérard-Philipe, CDN Saint-Denis), Arnaud Meunier (MC2 Grenoble), Artur Nauzyciel (Théâtre national de Bretagne), Olivier Poubelle (L’Athénée), Christophe Rauck (Théâtre Nanterre-Amandiers), Claire Roserot de Melin (Établissement public du Capitole – Opéra national et Orchestre national), Robin Renucci (La Criée – CDN, Marseille) et Julie Sanerot (MAC – Maison des Arts de Créteil, Scène nationale).

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