C’est la fin d’une très longue attente pour les familles des victimes du pont Morandi, à Gênes. Huit ans après l’effondrement du viaduc autoroutier, la justice italienne a rendu un premier jugement à l’issue d’un méga procès qui aura duré quatre ans.

Trente-deux personnes ont été condamnées à des peines allant jusqu’à douze ans de prison. Il s’agit d’anciens cadres ou techniciens de l’Autostrade per l’Italia (ASPI), gestionnaire de la moitié des autoroutes nationales, de Spea Engineering, qui se chargeait de leur maintenance, et du ministère des Infrastructures. Tous sont reconnus coupables d’effondrement par négligence et d’homicide routier ou d’homicide involontaire. Vingt-cinq prévenus ont été relaxés ou ont bénéficié de la prescription.

« Une peine importante »

Maintenant, nous savons que nos proches ont été assassinés et les coupables ont un nom, a réagi émue Paola Vicini, dont le fils Mirko est l’une des quarante-trois victimes.

L’ancien directeur général de l’ASPI, Giovanni Castellucci, écope de la plus lourde sentence. L’an passé, il a déjà été condamné à quatre ans de prison pour la chute d’un bus, en 2013 près de Naples, ayant tué quarante personnes. C’est une peine importante, a commenté Egle Possetti, présidente du comité des familles des victimes. Le 14 août 2018, au matin, sa sœur, son beau-frère, son neveu et sa nièce traversaient le pont lorsque l’un des trois pylônes le soutenant s’est effondré, entraînant dans sa chute un tronçon de route de 200 mètres de long et une trentaine de voitures et camions.

« On ne peut pas économiser sur la sécurité »

Même les scénaristes de films de catastrophe n’auraient pas imaginé une telle histoire. Il est inacceptable que, dans un pays comme le nôtre, aucune maintenance n’ait été effectuée, poursuit celle qui lutte inlassablement pour rendre justice aux victimes.

Les prévenus – qui ont déjà annoncé faire appel – ont plaidé un vice de construction caché, impossible à détecter. Selon le parquet, les risques étaient connus, et les sociétés ont rechigné à réaliser les travaux pour maximiser les profits.

Ce drame a également révélé l’état de vétusté des infrastructures italiennes. J’espère que cela suscitera une prise de conscience […] On ne peut pas économiser sur la sécurité, a plaidé à Silvia Salis, la nouvelle maire de Gênes.