À 46 ans, l’ancien troisième ligne international s’est lancé un nouveau défi. Rémy Martin a troqué ses crampons pour les fournils. Désormais à la tête d’une boulangerie franchisée Ange, il retrouve au quotidien les mêmes valeurs qui l’ont façonné durant sa carrière de rugbyman.
Il est 5 heures… Apt s’éveille. Tandis que les premières lumières apparaissent sur la petite commune du Vaucluse, Rémy Martin s’affaire déjà dans sa boulangerie. Casquette vissée sur la tête, il enchaîne les fournées, surveille les cuissons, organise les plannings et passe les commandes. Cela fait quatre ans qu’il mûrit ce projet. Après avoir réussi une première reconversion dans l’ouverture de centres commerciaux, l’ancien international s’est lancé un nouveau défi : ouvrir une boulangerie.
Après plusieurs mois de formation, il a appris puis validé chez Ange toutes les ficelles du métier. « Si on ne valide pas, il faut recommencer, et tant qu’on n’y arrive pas, on ne peut pas ouvrir de franchise chez Ange ». Une exigence qui lui rappelle les standards qu’il a connus durant sa carrière. S’il a changé de terrain de jeu, il a gardé la même philosophie et le même goût pour l’effort. « Je retrouve l’exigence du haut niveau et ça me plaît », résume-t-il simplement. La dureté du métier ne l’a pas effrayé, bien au contraire.
L’exigence quotidienne lui rappelle son passé de joueur. Avec 23 sélections en équipe de France, un grand chelem et trois boucliers de Brennus avec le Stade Français, Rémy Martin a connu les sommets. Une carrière riche mais stoppée prématurément par une blessure. Il a dû digérer cette fin de carrière non choisie. L’ancien troisième ligne international a choisi d’avancer vite et de tourner la page pour ne pas être nostalgique. Il s’est lancé à corps perdu dans l’entrepreneuriat, avec la même détermination et l’engagement qui le caractérisaient sur un terrain.
Aujourd’hui, dans sa boulangerie, il ne compte pas les heures. Il enchaîne les journées « marathon » de 14 h, mais cela semble lui plaire. « Je dors sur place, je suis là à 5 heures et je pars le dernier, vers 21 h. Je supervise tout, les cuissons, les ressources humaines, les commandes et la logistique. J’ai quatorze employés en CDI que j’ai minutieusement recrutés. C’est à moi que je rends des comptes ». Une phrase qui résume parfaitement le passage du statut de joueur à celui de chef d’entreprise. Rémy Martin est « multitâches », comme il aime le dire, et chaque journée apporte son lot d’imprévus et d’adrénaline. Il aime aussi la solidarité qui règne dans son équipe.
Chacun peut être amené à sortir de son poste pour aider un collègue. Les boulangers donnent un coup de main à la préparation des salades, les équipes de vente participent à certaines tâches de production lorsque l’activité l’exige. C’est lui qui impulse le mouvement. « C’est une équipe qui doit avoir de l’entraide. Après, il y a un capitaine, et pour le coup c’est moi. Mais il y a aussi des vice-capitaines et on essaye de tourner comme ça ». Dans son discours, le parallèle avec le rugby est omniprésent. La rigueur aussi, comme un moteur pour avancer avec des certitudes. Dans le rugby professionnel, l’approximation n’a pas sa place. En boulangerie non plus. « Il faut être discipliné comme au rugby ».
Il y a également toute la partie « RH » (ressources humaines). Être au plus près de ses employés sans être trop familier, être compréhensif sans être laxiste, comme un entraîneur avec ses joueurs. « Chaque jour, j’essaye de jongler pour ne pas stocker trop ou ne pas être ric-rac sur les fins de semaine. Nous avançons encore à tâtons sur la production de baguettes. Cela peut varier de 500 à 800 par jour. En revanche, les recettes sont à suivre à la lettre. Les produits doivent être beaux et bons, pour séduire le client ».
La clientèle justement… Même si sa célèbre chevelure blonde a disparu depuis longtemps, certains clients le reconnaissent encore. Une poignée de main, une photo, quelques souvenirs évoqués autour d’une baguette. « Quand on me demande, je prends cinq minutes avec la personne pour parler un peu de rugby. Ça me fait du bien, ça me change d’air car le rugby reste profondément ancré dans ma vie. Même si, aujourd’hui, je n’ai pas souvent le temps de regarder les matchs, je suis encore le premier supporter des Bleus ».
En France, comme Rémy, de nombreux rugbymen (Arnaud Héguy, Beñat Arrayet ou encore Aretz Iguiniz) ont choisi de rejoindre les franchises Ange. Cet engouement s’explique notamment par la passion de François Bultel, un des créateurs de la marque, pour le rugby et les valeurs qu’il véhicule. Aujourd’hui, l’ancien troisième ligne international savoure cette nouvelle vie, toujours guidée par le goût de l’effort. Rémy Martin ne manque pas d’ambitions. « Une boulangerie, c’est bien, mais j’aimerais bien en avoir plusieurs dans la région ».