La France s’est engagée le 14 juillet 2026 à livrer seize Rafale à l’Ukraine d’ici 2028-2029. Problème : aucun appareil n’est disponible, et les chaînes d’assemblage sont saturées pour des années.
Emmanuel Macron a annoncé la nouvelle aux Invalides devant vingt-cinq chefs d’État et de gouvernement réunis autour de la « Coalition des volontaires ». Paris et Kiev se sont entendus sur une feuille de route prévoyant la livraison de seize Rafale, ainsi que de systèmes de défense antiaérienne au sol SAMP/T NG. Les premiers chasseurs doivent voler dans les airs ukrainiens « dès 2028-2029 », a précisé le président français devant la presse.
Ces seize appareils s’inscrivent dans un cadre plus large. La déclaration conjointe publiée par l’Élysée le lendemain indique que l’Ukraine « annonce la commande de 16 premiers Rafale et de leur armement, sur les 100 dont l’acquisition a été prévue en novembre 2025 ». Cette perspective fait suite à la lettre d’intention paraphée le 17 novembre 2025 sur le tarmac de la base de Villacoublay. Les appareils relèvent du standard F4, la version la plus récente du chasseur, qualifiée par la Direction générale de l’armement en mars 2023. Les financements seront tirés du prêt européen de soutien à l’Ukraine, l’Ukraine Support Loan, adopté en février 2026 et doté de 90 milliards d’euros pour 2026 et 2027.
Les quatre premiers chasseurs partiront après la formation des équipages, qui « pourra commencer en France dès 2026 » selon le texte de l’Élysée. Elle se tiendra à la base aérienne 113 de Saint-Dizier, en Haute-Marne, où l’Escadron de transformation Rafale 3/4 Aquitaine forme seul les pilotes français et étrangers sur l’appareil[1]. Le calendrier annoncé s’annonce serré, d’autant que la fabrication d’un Rafale demande environ trois ans entre la signature du contrat et la livraison effective.
En chiffres
16
Rafale F4 promis à l’Ukraine
Premier lot sur 100 appareils prévus
2028-2029
Premières livraisons attendues
Formation dès 2026 à Saint-Dizier
90 Mds €
Prêt européen Ukraine Support Loan
2026-2027
8
Batteries SAMP/T de l’armée de l’Air
Dont 2 prêtées à l’Ukraine
250 M$
Coût unitaire maximal d’un Rafale
Selon configuration
Un engagement sans stock ni appareil disponible
Reste un point que ni Macron ni l’Élysée n’ont abordé ce jour-là. La France s’est engagée sur seize avions qu’elle ne possède pas. Les chaînes d’assemblage de Dassault Aviation sont réservées pour des années, aucun exemplaire neuf n’attend preneur dans un hangar. Une feuille de route ne vaut pas contrat, et rien ne se règle en quelques mois.
Prélever des appareils déjà en service dans l’armée de l’Air supposerait de les « dé-franciser », c’est-à-dire de leur retirer les équipements propres aux forces françaises. Cette opération avait déjà été menée pour les Rafale cédés à la Croatie. Mais elle implique un délai et des coûts non négligeables, sans compter que l’armée de l’Air perdrait des capacités opérationnelles immédiates.
Plusieurs options existent néanmoins. La France pourrait négocier un décalage de livraison avec d’autres clients, comme cela se pratique couramment dans l’aviation civile. Elle pourrait aussi mobiliser la future chaîne de production située en Inde, déjà évoquée par Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, pour les clients de la zone Asie. Une accélération de la cadence de production française à quatre appareils par mois a également été mentionnée. Enfin, l’armée de l’Air pourrait remplacer ses Rafale F3 par des F4 neufs et livrer les F3 retirés du service à l’Ukraine, une fois remis à niveau.
Données clés de l’accord Rafale France-Ukraine
Détail
Source : Zone Militaire
Des prélèvements déjà consentis sur les parcs français
La France a puisé dans ses propres forces avant même qu’il ne soit question de Rafale. La déclaration conjointe prévoit qu’elle déploie deux SAMP/T auprès des forces ukrainiennes, à charge pour Kiev de les restituer une fois livrés les quatre systèmes de nouvelle génération que l’Ukraine s’est engagée à commander. Or l’armée de l’Air n’aligne que huit de ces batteries antiaériennes, dont trois au moins servent hors de métropole, dans le cadre de la mission Aigle en Roumanie, au Qatar et aux Émirats arabes unis. Paris et Rome ont en outre décidé d’accélérer les livraisons de missiles Aster 30 à Kiev d’ici octobre 2026, ces intercepteurs qui arment le système.
Six Mirage 2000-5F ont déjà pris le chemin de l’Ukraine à partir de février 2025, livrés en deux temps[3]. L’un d’eux a été détruit dans un accident à l’été 2025, et le nombre exact d’appareils encore en vol n’a jamais été confirmé officiellement, pour des motifs de sécurité opérationnelle. Ces Mirage et ces batteries sortaient de parcs déjà entamés, quand les seize Rafale promis, eux, n’existent pas encore.
Le Rafale représente un bond capacitaire pour l’Ukraine. L’appareil affiche un rayon d’action d’environ 1 800 kilomètres et emporte une large gamme d’armements air-air et air-sol. Son coût unitaire peut atteindre 250 millions de dollars selon la configuration, et son coût d’utilisation oscille entre 16 000 et 31 000 dollars par heure de vol. L’Égypte, les Émirats arabes unis et l’Inde exploitent déjà des flottes importantes de Rafale[2].
Aucun appareil disponible
La France s’engage sur seize Rafale qu’elle ne possède pas. Les chaînes de Dassault sont saturées, aucun stock n’existe.
Trois ans de fabrication
Un Rafale demande environ trois ans entre signature et livraison. Le calendrier 2028-2029 suppose une accélération ou un décalage de commandes.
Parcs français déjà entamés
Deux batteries SAMP/T prêtées sur huit, six Mirage 2000-5F livrés : l’armée de l’Air française a déjà consenti des prélèvements.
Signal stratégique européen
L’annonce vise autant à montrer la détermination française qu’à peser sur la reconstruction de l’aviation ukrainienne après le conflit.
Financement européen
Les 16 Rafale seront financés par le prêt européen Ukraine Support Loan de 90 milliards d’euros pour 2026 et 2027.
Un signal stratégique autant qu’un contrat d’armement
Pour Emmanuel Macron, la symbolique compte autant que la livraison effective. Le président français veut adresser un signal fort à Moscou et aux capitales européennes : la France s’engage dans la durée aux côtés de l’Ukraine. La Coalition des volontaires réunit désormais trente-sept pays membres, et Paris entend peser sur la reconstruction des forces armées ukrainiennes. Lorsque Kiev devra reconstituer son aviation après une trêve ou un cessez-le-feu, il est dans l’intérêt français qu’elle se tourne vers ses alliés européens plutôt que vers d’autres fournisseurs.
L’Ukraine opère déjà huit modèles différents de chasseurs, conçus dans quatre pays. L’arrivée du Rafale s’ajoute à celle du Gripen suédois, dont Kiev a signé une lettre d’intention en octobre 2025 pour l’acquisition de jusqu’à 150 appareils. Les experts en puissance aérienne estiment que cette complexité reflète une phase transitoire. À terme, l’Ukraine cherche à remplacer intégralement sa flotte d’origine soviétique, dont l’entretien est devenu très difficile après la rupture des chaînes d’approvisionnement russes consécutive à l’annexion de la Crimée en 2014.
Les pays de la Coalition se sont également engagés à intensifier les sanctions contre la Russie. Macron a souligné les efforts français pour lutter contre le trafic illégal de pétrole russe. Selon lui, les forces armées françaises ont intercepté cinq navires appartenant à la « flotte fantôme » de la Russie depuis le début de l’année 2026. La France a par ailleurs annoncé que des licences de production seraient accordées à l’Ukraine pour fabriquer localement des AASM, des missiles Aster 30 et des SCALP, afin de réduire sa dépendance aux importations d’armements.
Reste à savoir comment Dassault Aviation parviendra à honorer cet engagement sans décaler les commandes d’autres clients ni priver l’armée de l’Air française de ses propres livraisons. Le calendrier 2028-2029 suppose une accélération des cadences ou une réorganisation en profondeur des carnets de commandes. Dans l’immédiat, la feuille de route signée aux Invalides repose sur une promesse politique davantage que sur un contrat industriel finalisé.
- Emmanuel Macron a annoncé le 14 juillet 2026 la livraison de 16 Rafale F4 à l’Ukraine, sur 100 prévus au total.
- Les premiers appareils doivent voler dans les airs ukrainiens dès 2028-2029, après formation des pilotes à Saint-Dizier.
- La France ne dispose d’aucun Rafale en stock : les chaînes d’assemblage sont saturées pour des années.
- Six Mirage 2000-5F ont déjà été livrés à l’Ukraine depuis février 2025, l’un d’eux a été détruit à l’été 2025.
- L’armée de l’Air française prête deux batteries SAMP/T sur les huit qu’elle possède, dont trois servent hors de métropole.
Sources
3 sources · 3 faits vérifiés
