Sous la pression de son propre camp, Jens Spahn a annoncé ce samedi qu’il quittait la présidence du groupe parlementaire CDU/CSU. Le chef des députés de centre-droit allemands est vivement critiqué pour avoir eu recours, avec son époux, à une gestation pour autrui (GPA) aux États-Unis, alors même que cette pratique est interdite en Allemagne.

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Jens Spahn s’était fait connaître du grand public allemand sous les mandats d’Angela Merkel. Bien que membre de la CDU, le parti de l’ancienne chancelière, il affichait une identité politique moins centriste et plus à droite. Au point de devenir l’une des étoiles montantes de la droite parlementaire allemande, certains lui promettant même la chancellerie fédérale, sur le modèle du jeune chancelier conservateur autrichien Sebastian Kurz.

La chute d’un profil ambitieux

Son homosexualité, révélée par inadvertance lors d’un portrait dans la presse, Jens Spahn l’avait utilisée comme un argument supplémentaire pour dénoncer la politique migratoire pourtant mise en place par sa supérieure hiérarchique, Angela Merkel. Il annonçait ainsi refuser l’entrée de ceux qui « ne respectent pas notre vision de l’homosexualité et des droits des femmes. » De mars 2018 à décembre 2021, ce profil ambitieux devient ministre fédéral de la Santé et gère les premières vagues de la pandémie. Puis, en 2025, il prend la tête de son groupe parlementaire, le premier du Bundestag, réunissant la CDU et sa sœur bavaroise, la CSU. Un poste on ne peut plus stratégique dans cette république parlementaire.

Cette carrière, qui semblait jusque-là sans accroc sérieux, vient de connaître un sérieux trou d’air avec la révélation de cette GPA qu’il a réalisée aux États-Unis via une « mère porteuse », contournant ainsi la loi de son propre pays, une loi qu’il avait pourtant lui-même approuvée. Le couple a lui-même fait cette déclaration auprès de l’hebdomadaire tabloïd Bild. Dans une lettre adressée à ses collègues, le conservateur tire lui-même la leçon d’une situation devenue intenable : « Ces derniers jours, j’ai compris que mon bonheur personnel, qui consiste à fonder une famille avec mon mari et à devenir père, est incompatible avec ma fonction politique. »

Le chancelier allemand, Friedrich Merz, approuve : « Jens Spahn m’a fait savoir qu’il démissionne de son poste de président du groupe parlementaire CDU/CSU. Cette décision est juste et était inévitable. La crédibilité est dans la politique le bien suprême. Je remercie Jens Spahn pour la collaboration. Il a contribué à façonner et à orienter le chemin de la fraction depuis l’opposition jusqu’au gouvernement. Dans l’élaboration des grands projets de réforme des dernières semaines, Jens Spahn a été un pilier important de la coalition. » Lors de son dernier congrès, en février dernier, la CDU avait encore rappelé son opposition à la GPA. D’après Bild, la « mère porteuse » de Jens Spahn était alors enceinte de quatre mois.

« La crédibilité est dans la politique le bien suprême. »

Selon qu’elle soit défavorable ou favorable à la GPA, la classe politique a vivement réagi pour condamner l’attitude de l’élu. La cheffe de l’AfD (Alternative pour l’Allemagne), Alice Weidel, renchérit : « La démission de Jens Spahn était attendue depuis longtemps (…) Le fait qu’il contourne maintenant une loi pour laquelle il a lui-même voté a définitivement détruit sa crédibilité. »

Wolfgang Kubicki, président du parti libéral-démocrate (FDP), favorable de son côté à la GPA, dénonce son hypocrisie : « Je leur souhaite de tout cœur à Jens Spahn et Hendrik Streeck tout bonheur privé. Ce que je ne leur pardonne cependant pas, c’est cette double morale – et surtout l’application de standards juridiques différents : un pour les riches qui peuvent s’offrir une gestation pour autrui aux États-Unis, et un autre pour le reste de la population en Allemagne. J’attends des deux un engagement politique clair pour œuvrer à la création des bases légales correspondantes permettant une gestation pour autrui non commerciale également en Allemagne – ou sinon, leur démission de leurs fonctions. »

Il est loin le temps où, à gauche comme à droite, cette pratique faisait l’objet d’une condamnation unanime. Cette polémique, nécessairement douloureuse pour l’intéressé, montre, s’il en était encore besoin, que les sociétés européennes ne sont pas prêtes à l’accepter, en dépit des appels du pied des milieux progressistes.

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