Les temps changent, le marché du carbone aussi. Depuis plus de vingt ans, ce système, pilier de la politique climatique européenne, a pour objectif de réduire progressivement les émissions des industries les plus polluantes, comme la sidérurgie, la cimenterie ou la production d’électricité. Cette ambition de départ est a priori maintenue, même si elle est assortie d’importantes concessions, dans un projet de réforme que la Commission européenne a dévoilé vendredi. Mais, à l’avenir, le marché du carbone devrait aussi servir la politique industrielle du continent. En clair, la philosophie même de l’ETS – son nom dans le jargon – est appelée à évoluer si cette révision, que les grands industriels européens appellent de leurs vœux et redoutent à la fois, franchit tous les obstacles législatifs.
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On peut faire des propositions de la Commission deux lectures contradictoires : d’un côté, l’institution bruxelloise veut sauver le système contre ceux, parmi les lobbys ou les gouvernements, qui voudraient l’enterrer ; de l’autre, elle offre des assouplissements majeurs. Dont celui-ci : la date butoir pour la décarbonation totale des secteurs concernés pourrait être repoussée de 2039 (soit demain matin à la vitesse actuelle) à 2048. « C’est un recul par rapport au respect du budget carbone européen, il était néanmoins absolument impossible d’imaginer que cette date de 2039 avait la moindre crédibilité au regard du rythme de décarbonation de nos industries », juge l’eurodéputé Pascal Canfin du groupe centriste et libéral Renew. « Nous adoptons une approche plus favorable aux entreprises et, si je puis me permettre, plus maligne », juge pour sa part le commissaire au Climat, le Néerlandais Wopke Hoekstra, du Parti populaire européen (PPE, droite). Les ONG voient là au contraire un renoncement devant les « gros pollueurs » et la mise en péril des ambitions climatiques européennes – ce que conteste la Commission.