Invitée du podcast belge Face à la juge, diffusé le 2
juillet sur la RTBF, Mélanie Page a raconté les
agressions sexuelles qu’elle a subies lorsqu’elle
était adolescente. Une prise de parole rare pour la comédienne et
autrice, connue du grand public comme l’épouse de l’animateur
Nagui.
Quelques jours plus tard, face à certains titres jugés déformés,
elle a repris la main sur son récit dans un long texte publié sur
Instagram. « Certains essaient de faire le buzz
avec des titres racoleurs qui n’ont rien à voir avec mon histoire.
Je n’avais pas prémédité de raconter tout ça, mais si je l’ai fait,
c’est parce que j’étais prête », a écrit Mélanie Page sur
Instagram. Derrière ce recadrage, l’envie de replacer au centre la
réalité de ce qu’elle a vécu à 15 ans.
Mélanie Page brise un secret vieux de trente ans
Dans Face à la juge, face à la magistrate belge Anne
Gruwez, Mélanie Page a accepté de
revenir pour la première fois à la radio sur ces violences subies
très jeune. Elle y a expliqué comment ces épisodes ont marqué son
rapport au corps et à la confiance, longtemps tus, y compris auprès
du grand public. Ce n’est qu’avec le temps, et un petit cercle de
proches, qu’elle avait commencé à lever le voile.
Son texte publié ensuite vient éclairer son intention. « Si
je raconte ça aujourd’hui, c’est parce que je me sens assez forte.
(…) Ce que les gens doivent comprendre, c’est qu’on n’a pas
toujours la force de dire ‘non’, de crier, de fuir. Cela ne veut
pas dire qu’on est d’accord. J’ai longtemps eu honte. Mais
la honte doit changer de camp. Collectivement,
nous devons faire face à une réalité dérangeante: des histoires
comme la mienne, il y en a beaucoup. Beaucoup plus qu’on le
croit », écrit-elle. Un message qui dépasse largement son seul
parcours.
À 15 ans, le récit glaçant de Mélanie Page face à un homme qui
la dénude
Mélanie Page replonge d’abord
dans l’été de ses 15 ans, celui de son premier baiser. « Je
venais d’avoir 15 ans. Quelques semaines après l’été de mon premier
baiser. Encore une adolescente dans un corps de très jeune femme.
Un homme s’est octroyé le droit de me dénuder et de me toucher pour
se donner du plaisir en me volant la découverte de mon corps. (…)
Je n’ai pas eu la force de dire ‘non’. Je ne
savais même pas ce qui m’arrivait », se souvient-elle. Elle
décrit un état de sidération, sans mots pour qualifier ce qui se
passe.
Et ce n’était pas un épisode isolé.
« Malheureusement, j’ai eu affaire, très jeune et à plusieurs
reprises, à des hommes qui n’écoutaient que leurs désirs sans se
soucier du mal qu’ils pouvaient faire. (…) Je n’ai pas de nom à
donner. Pas de plainte à déposer. Aucun de ces hommes n’est
médiatisé. Je pense qu’ils doivent être morts. Ils n’étaient déjà
plus très jeunes à l’époque. » Longtemps, elle a porté ce passé
en silence, enfermée dans le dégoût et la culpabilité.
De la honte à la parole, Mélanie Page
transforme ses agressions sexuelles en message aux parents
En prenant la parole aujourd’hui, Mélanie Page insiste sur les
mécanismes qui empêchent de dire non. « Ce que les gens doivent
comprendre, c’est qu’on n’a pas toujours la force de dire ‘non’, de
crier, de fuir. Cela ne veut pas dire qu’on est d’accord »,
rappelle-t-elle. En France, les chiffres du ministère de la Justice
montrent que les violences sexuelles donnent lieu chaque année à
des milliers de condamnations, dont une part
importante concerne des mineurs, tandis que des circulaires
récentes demandent un traitement prioritaire de ces
infractions.
Son texte se transforme aussi en guide
implicite pour les familles. « Demandez autour de vous,
à vos proches, à vos enfants, s’ils ont quelque chose à vous dire
sur le sujet. Une simple question peut parfois agir comme un
déclic », insiste-t-elle. Pour elle, ouvrir le dialogue, sans
dramatiser mais sans tabou, peut permettre à un enfant ou un ado de
briser le silence.
Mélanie Page appelle enfin à éduquer autant au respect qu’à la
défense de soi. « Et surtout, au-delà d’apprendre à vos filles à
se défendre, apprenez à vos fils à reconnaître le désir de l’autre,
à respecter le corps de l’autre. La société doit évoluer dans le
bon sens et cela passe par l’éducation. .La prise de
conscience. » Avant de conclure par cette formule qui a marqué
ses abonnés : « Les corps des enfants et des femmes ne doivent
plus être en libre-service. » Un rappel frontal de ce
qu’englobe, concrètement, le mot consentement.