Dans un communiqué diffusé ce samedi 18 juillet, Renaud Muselier, président de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, a annoncé avoir déposé une plainte pour diffamation contre le quotidien régional Nice-Matin. L’élu réclame 2 millions d’euros de dommages et intérêts pour « propagation de fausses informations », et un million d’euros, plus le retrait des articles concernés, aux médias qui auraient relayé ces mêmes informations. Renaud Muselier précise avoir « confiance en la justice » et estime que « ces attaques politiques ne resteront pas impunies ». Dans un second communiqué, il a annoncé que les éventuelles indemnités obtenues seront reversées à des associations œuvrant en faveur du sport paralympique.

Nice-Matin défend son travail d’information

En réponse, Nice-Matin a publié un article qui rappelle que le communiqué de Renaud Muselier ne précise pas quelles informations sont visées par cette plainte. Le quotidien indique également avoir contacté le président de Région, qui lui a répondu par SMS que cette procédure ne concernait pas les récents articles consacrés aux soupçons de conflit d’intérêts le visant, notamment en lien avec son rôle dans l’organisation des Jeux olympiques d’hiver 2030 et sa propriété d’une station de ski dans l’Utah (USA), hôte des JO de 2034.

Le journal rappelle avoir publié, le 2 juillet, des révélations sur un signalement adressé au procureur de Marseille concernant l’emploi d’un salarié de son chalet dans les Alpes par une agence de communication titulaire de marchés publics régionaux, et un nouvel article, le 15 juillet, faisant état de l’ouverture d’une enquête officielle pour prise illégale d’intérêts dans ce cadre. Une info reprise par plusieurs médias, dont l’AFP. Dans le Dauphiné Libéré, on pouvait lire la réaction de Renaud Muselier :   » Je n’ai rien à me reprocher, les procédures de la région sont super claires sur l’attribution des marchés », précisant que la collectivité dispose d’une « double certification anti-corruption » et fustigeant « une dénonciation calomnieuse anonyme ». Ce 15 juillet, Renaud Muselier envisageait déjà  « de porter plainte en diffamation ».

Le signalement à l’origine de l’affaire

À l’origine de cette séquence judiciaire figurerait un signalement adressé au procureur de la République de Marseille au titre de l’article 40 du Code de procédure pénale. Ce document, non public, aurait été rédigé par un fonctionnaire du Conseil régional Provence-Alpes-Côte d’Azur. Il évoquerait le recrutement d’un ancien skieur professionnel par une agence de communication régulièrement attributaire de marchés publics de la Région. Le signalement soutient que ce salarié aurait en réalité exercé des fonctions d’entretien et de gardiennage dans un chalet appartenant à Renaud Muselier. Le président de Région a immédiatement contesté ces accusations. Quelques jours après les premières révélations de Nice-Matin, le parquet de Marseille a confirmé l’ouverture d’une enquête préliminaire pour prise illégale d’intérêts afin de vérifier ces éléments. Les sources ayant permis au quotidien de publier son enquête du 2 juillet demeurent, en revanche, couvertes par le secret des sources journalistiques, dans le strict respect de la déontologie journalistique;

Le directeur général du groupe Nice-Matin, Simon Perrot, affirme maintenir toute sa confiance dans le professionnalisme de la rédaction, et indique laisser la justice suivre son cours. Le quotidien assure qu’il poursuivra son travail dans le respect des règles déontologiques et de la présomption d’innocence.

La polémique des Jeux olympiques en toile de fond

Dans un autre communiqué diffusé le même jour, Renaud Muselier élargit le débat en mettant directement en cause Éric Ciotti, maire de Nice et président de la Métropole Nice Côte d’Azur. Il l’accuse de chercher à détourner l’attention de la décision ayant conduit Nice à ne plus figurer parmi les sites des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver 2030. 

Dans ce communiqué, le président de Région estime que les accusations relayées contre lui constituent une « piètre tentative de diversion » destinée à faire oublier « le forfait sur les JO ». Il reproche à Éric Ciotti d’avoir « rayé Nice de la carte des sites des Jeux olympiques et paralympiques de 2030 » et réaffirme que les informations le visant « ne reposent sur aucun élément sérieux ». 

Si l’on ne peut nier un intérêt soudain pour les faits et gestes de Renaud Muselier ces dernières semaines, il faudra aussi en préciser le contexte, à quelques semaines des élections sénatoriales auxquelles il participera, en septembre. Laissant vacante la présidence régionale. De quoi attiser rancoeurs et règlements de compte politiciens, dont la presse ne peut être tenue pour responsable.